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mardi 19 août 2014

Je t'écoute, Federica De Paolis

Téléphone sur cour…pour reprendre le célèbre titre d’Hitchcock.

Diego, globe-trotter pour guides de voyage, doit rentrer précipitamment en Italie. Souffrant des yeux, il passe ses journées dans l’appartement familial. Il se rend vite compte que la ligne téléphonique fonctionne étrangement : Diego peut écouter toutes les conversations de ses voisins.

Il n’est pas ici question de meurtres, mais de plongée dans l’intimité des autres.

Diego prend conscience des souffrances qu’il côtoie sans même le savoir : couples en déroute, malades qui se cachent, adolescentes anorexiques… Incapable de rester insensible à ce qu’il entend, le jeune homme cherche à intervenir dans ces existences qu’il découvre.

Hold all my calls. De : Furryscaly. CC : BY-SA. Source : flickr

La rencontre avec la mystérieuse  et fragile Agnese sera un point de bascule. Diego renouera avec sa sœur partie vivre aux Etats-Unis et découvrira les secrets de sa propre famille.


Ce roman possède une atmosphère très particulière, assez mélancolique tout en étant ancrée dans le quotidien. Les êtres se cherchent, se frôlent et se touchent, parfois en des scènes très crues, en fait à la recherche d’eux-mêmes.

Je t'écoute, Federica De Paolis, traduit de l'italien par Françoise Liffran, Grasset, 2012

mardi 29 juillet 2014

Je voyage seule

"Viaggio sola" (titre original) pourrait être la devise d'Irene. 
Son métier a tout pour faire rêver : elle est "cliente mystère" dans les hôtels, et à ce titre est payée pour inspecter les plus grands palaces, y mesurer la température des vins et les courbettes du personnel.

Dans sa vie personnelle également, Irene "voyage seule". Célibataire, elle profite de la liberté que lui offre son poste. Pourtant, elle commence à s'interroger sur sa vie, à partir des modèles autour d'elles et des rencontres qu'elle fait. Sa soeur incarne la mère de famille parfaite, en apparence du moins. Son ex amant et meilleur ami (Stefano Accorsi, particulièrement charmant) va se retrouver père à son insu et semble s'adapter à la situation. Des rencontres éphémères également dans les hôtels où elle descend la marquent : un homme très séduisant et très marié, une anthropologue qui est presque une alter ego.

Irene fait alors des tentatives. Elle essaie de se rapprocher de ses petites nièces, de renouer d'autres liens avec son meilleur ami... Mais tout cela est bancal.

Je voyage seule est une comédie romantique de son époque : l'héroïne n'y rêve plus forcément du prince charmant, elle tente surtout d'être en accord avec elle-même et l'idée qu'elle se fait de son bonheur. C'est la liberté de choix qui est mise en scène, de façon parfois comique mais surtout très tendre.

Sur ce thème, voir aussi le livre de Jean-Claude Kaufmann.

Un film de Maria Sole Tognazzi, avec Margherita Buy, Stefano Accorsi, Fabrizia Sacchi. Sortie : 2014

jeudi 9 février 2012

Accabadora, Michela Murgia

"La guerre qu'on qualifierait de Grande avait déjà mérité cet adjectif, arraché à Soreni trois classes destinées à la tranchée du Piave, et ne s'en contentait pas. Du front arrivaient des blessés graves, ainsi que des nouvelles de l'héroïque brigade Sassari. A 20 ans, Bonaria avait assez vécu pour savoir que le mot "héros" constitue le masculin singulier du mot "veuves", et pourtant elle aimait s'imaginer mariée quand, allongée sur l'herbe, sous les pins, elle serrait sur sa poitrine la tête bouclée de Raffaele Zincu, inspirant à plein poumons les parfums de la terre résineuse."

Accabadora, Michela Murgia, Seuil, 2011, pp. 110-111

vendredi 3 février 2012

Accabadora, Michela Murgia

Dans la Sardaigne des années 50, Bonaria Urrai prend comme fill'e anima ("fille d'âme") la petite Maria Listru, bien volontiers cédée par sa mère, veuve déjà encombrée de trois enfants. La fillette grandit auprès de sa Tzia qu'elle pense couturière et qui lui offre l'attention et l'éducation qu'elle n'a pas reçues.
Mais dans ce village hors du temps, la vieille Bonaria est souvent mandée en cachette pour accomplir une mystérieuse besogne. Elle est l'accabadora, la "dernière mère"en sarde, celle qui offre la mort aux êtres souffrants.
Pressentant un secret, Maria, désormais jeune fille, ne cherche pas à en savoir davantage jusqu'à ce que l'activité de sa mère de coeur la touche au plus proche.


Sardegna-la campagna7. Photo : CharlesFred.CC : BY-NC-SA. Source : flickr

On se laisse transporter par l'atmosphère et la langue (merveilleusement traduite par Nathalie Bauer) de ce roman. Il nous mène dans une Sardaigne rurale et traditionnelle, encore marquée par le rythme agricole, par l'omniprésence de la religion et des superstitions, par le dialecte parlé par tous en lutte contre l'italien.
En ce sens, le bref épisode turinois paraît plus terne dans ses descriptions et ses personnages bourgeois moins convaincants, comme pour montrer que Maria n'y a pas sa place.

C'est la relation entre Tzia Bonaria et Maria Listru qui tisse le roman, rapport complexe de tendresse et de rejet mêlés.

Accabadora a reçu le prix Campiello 2010.

Accabadora, Michela Murgia, Seuil, 2011