mercredi 5 décembre 2012
lundi 5 novembre 2012
mercredi 31 octobre 2012
Expositions Van Gogh et Hiroshige, Pinacothèque de Paris
Van Gogh n'a jamais mis un orteil sur la terre japonaise, pourtant une partie de son œuvre est fortement marquée par l'art de l'estampe.
C'est ce rapprochement étonnant que propose la Pinacothèque de Paris à travers deux expositions complémentaires. L'une est consacrée à Utagawa Hiroshige, maître du mouvement ukiyo-e. L'autre place en regard des reproductions d'estampes de cet artiste avec des toiles de Van Gogh.
Commençons par l'exposition Van Gogh, rêves de Japon.
A la fin des années 1880, Van Gogh est à Paris et connaît les derniers feux de la mode japonisante. Il commence à se constituer une collection d'estampes qu'il trouve chez le marchand Bing, celles d'Hosukai ou Hiroshige. A travers cet art et plusieurs références littéraires, le peintre néerlandais élabore sa vision personnelle d'un Japon idéal.
Son départ pour le Midi de la France quelques années plus tard accroît la forte impression que lui procure, à distance, ce pays. Dans plusieurs lettres, adressées à des amis ou à son frère, Van Gogh dépeint avec enthousiasme la clarté et les couleurs du sud, proches, selon lui, de la lumière japonaise.
A la fin des années 1890, alors que le peintre est également marqué par son séjour volontaire à l'asile, il commence à utiliser des éléments picturaux japonais : perspective, cadrage à la fois intérieur et extérieur, aplats de couleur.
L'exposition présente une quarantaine de tableaux de Van Gogh, surtout des paysages, et à côté, une estampe d'Hiroshige de laquelle le peintre se serait inspiré. Si pour certaines, la ressemblance est frappante, comme ici....
...pour d'autres œuvres, la comparaison s'apparente plutôt à un jeu ludique destiné à orienter le visiteur. Evidemment Van Gogh n'a pas peint tel personnage ou tel arbre en référence à une estampe précise, mais l'influence générale est présente. La composition des paysages, la claire sérénité des peintures, les jeux de couleur et de lumière sont bien les mêmes d'un artiste à l'autre. Ce qui est mis en exergue est surtout le dialogue entre ces deux arts, ces deux cultures, Hiroshige ayant lui-même emprunté certaines techniques à l'art européen.
Au-delà de la comparaison, une exposition de Van Gogh est en elle-même un évènement et les toiles valent le détour. On pourra apprécier la touche du peintre, plus fine au fil des années, ses couches colorées aussi impressionnantes de près que de loin, quand l'image globale prend forme.
L'exposition proposée en regard s'intitule Hiroshige, l'art du voyage.
Aucune rétrospective n'avait été faite sur ce maître de l'estampe japonais en France. Au Japon, cet artiste du XIXè siècle est le représentant le plus estimé de l'ukiyo-e ("images du monde flottant"), style d'estampes d'inspiration bouddhiste, peintures des saisons, du temps et des sensations.
L'exposition, très complète, donne à voir plusieurs séries d'oeuvres d'Hiroshige, notamment ses estampes des voyages mythiques entre Edo (la Tokyo d'avant 1868) et Kyoto. La muséographie, un peu confuse au début, se déploie ensuite dans les différents niveaux de la Pinacothèque plongée dans la pénombre pour l'occasion.
Expositions temporaires du 3 octobre 2012 au 17 mars 2013, Pinacothèque de Paris
Tarifs : 17 euros pour un billet couplé, 10 euros pour un billet simple
samedi 13 octobre 2012
lundi 24 septembre 2012
Reflets dans un oeil d'homme, Nancy Huston
Si l'on décrète l'indifférence des sexes, comment faire pour penser ces plaies, sans même parler de les panser ? (p. 69)
Ironique, documenté et surtout salutaire que cet essai de la Canadienne Nancy Huston, Française d'adoption.
Elle conteste le postulat beauvoirien selon lequel "on ne naît pas femme : on le devient". Au contraire, affirme-t-elle, l'espèce humaine n'est pas qu'une construction culturelle, elle obéit aussi à la nature.
L'on est/naît bien fille ou garçon, femelle ou mâle, nos hormones diffèrent et de fait, nos comportements. Se parer, séduire sont les reliquats d'un besoin de perpétuer l'espèce. Ne remarque-t-on pas le sexe des enfants à la naissance ?
A ce titre, Nancy Huston tient les gender studies, chères aux Anglo-saxons, pour une imposture, tout comme les enseignements de biologie actuels selon lesquels genre et sexe seraient uniquement affaire de culture et de choix intime.
Bien plus, cette vision peut être dangereuse. Au sortir des atrocités de la Seconde Guerre mondiale, grandie sur le terreau de nauséabondes théories de différences naturelles infondées, nos sociétés n'ont plus osé affirmer les dissemblances entres hommes et femmes. De là, un mouvement paradoxal. Si la femme gagne son indépendance comme sujet, elle devient de plus en plus objet en ligne de mire pour les hommes, pour elle-même.
La femme est son image nous dit l'auteure. De fait, outre le féminisme, le développement des médias (notamment la photographie) a engendré ce phénomène, sources d'injonctions paradoxales. Être belle, sportive, coquette, vivre son désir sont des obligations même si cela doit provoquer essor de l'industrie esthétique, peur du vieillissement, anorexie, prostitution, viol, pornographie.
Notre société refuse les différences innées entre hommes et femmes mais ce sont pourtant elles qui sont scrutées, dédoublées dans leur image dès leur plus jeune âge.
L'auteure se refuse cependant à toute assertion péremptoire. Son analyse convoque plusieurs voix : récit crypto-autobiographique de situations vécues par une petite fille, puis adolescente et femme ; histoires de Jean Seberg, Anaïs Nin, Maryline Monroe, Nelly Arcan dans leur rapport complexe voire tragique à l'image et à la séduction ; interviews d'amis masculins ; avis de psychologues.
D'où il ressort que l'érotisme demeure bien différencié entre hommes et femmes, et ce dans beaucoup de sociétés.
Un même mouvement incite à couvrir une femme devant un regard perçu comme désirant ou à l'exhiber comme un objet publicitaire, la beauté féminine faisant tout vendre dans nos contrées.
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| Two buildings and a woman reflection. Photo : Free-secret-life. CC : BY-NC-ND. Source : flickr |
Le regard masculin est voyeur, voire violeur, depuis l'Antiquité. La référence littéraire invoquée est celle d'Actéon surprenant Diane au bain, vision qui provoque la métamorphose et la mort du jeune chasseur.
Cet épisode m'a fait songer à un travail universitaire que j'avais mené autour de l'œuvre d'Ovide. Le vocabulaire cynégétique est mêlé à celui de l'acuité visuelle comme métaphores de la sexualité masculine, de l'homme possédant un corps de femme, d'abord par son œil. Des personnages similaires à Actéon mettent en acte ce regard désirant dans une chasse/viol souvent porteuse de mort pour la vierge poursuivie.
Mais revenons à Nancy Huston. La femme est donc objet permanent du regard masculin. Parallèlement, la maternité décline dans notre imaginaire, seule différence visible entre hommes et femmes. L'image du désir prime sur celle de la maternité.
Nous autre femmes de l'Ouest sommes donc libres, égales et "frères" avec les hommes, ce qui ne nous empêche pas de vouloir être belles et d'avoir bien intériorisé de montrer notre corps au lieu de le dissimuler. (p. 293)
Analyse complexe tout en étant accessible, dérangeante parfois car mettant au jour nos tensions sociales et intimes. Quelle jeune femme contemporaine n'a pas reçu de ses parents, eux aussi modernes, une injonction du type "tu as la même valeur qu'un homme mais tu ne sortiras pas seule à cette heure" ?
Nancy Huston ne propose pas de théories, encore moins de réponses, mais interroge nos paradoxes. Non, la femme du XXIè siècle n'est pas (encore) libre et non, dans nos représentations collectives les moins avouables, elle n'a pas le statut d'un homme. Mais au lieu d'admettre cela et d'y travailler, nous le nions et, ironiquement, nous voilons la face. Egalité n'est pas identité.
Reflets dans un œil d'homme, Nancy Huston, Actes sud, 2012
dimanche 5 août 2012
jeudi 5 juillet 2012
mardi 19 juin 2012
Poetry
Mija a 65 ans et vit dans la province coréenne du Gyeonggi. Elle élève seule son petit-fils adolescent depuis le départ de sa fille. Humble et toujours coquette, la vieille femme doit composer avec un quotidien des plus modestes. Alors que la maladie la gagne peu à peu, elle doit travailler comme femme de ménage pour un vieillard pingre et lubrique. Le tableau s'assombrit encore lorsque son petit-fils est impliqué dans le suicide sordide d'une collégienne. Mais il suffit, lui dit-on, d'étouffer l'affaire et de dédommager la famille, à elle qui possède à peine de quoi vivre.
Comme une parenthèse dans cette vie plutôt rude, Mija suit des cours de poésie à la maison de la culture. A terme, le professeur veut voir ses élèves composer eux-mêmes un poème. Mija s'y emploie avec difficulté et insensiblement commence à observer le monde, à percevoir le sens et la beauté d'un arbre ou d'un abricot tombé à terre. Mais dans ce monde, la vie peut-elle être si simple, la pureté poétique existe-t-elle ? Le temps fane tout, les êtres se révèlent froids et cyniques. Mija se débat entre cette réalité et ses valeurs.
Poetry, malgré son sujet, s'écoule à un rythme aussi calme que le Han qui traverse la province. La tragédie affleure par touches dès la première scène, tableau bucolique des rives du fleuve perturbé par la dérive d'un corps. Et c'est la réalité crue qui s'imposera.
Émouvant portrait de cette femme, incarnée et portée Yoon Jung-Hee, un peu en décalage avec son monde, qui finit par comprendre ce que peut exprimer la poésie. Les fleurs du monde et le reste...
Un film de Lee Chang-Dong, avec Yoon Jung-hee, Kim Hira, Ahn Naesang
Sortie : 15 juillet 2010
lundi 11 juin 2012
Sept Jours à la Havane
Sur le modèle de deux précédents, à Paris et à New-York, sept réalisateurs composent un film de sept courts métrages autour d'une ville, ici la capitale cubaine.
Chacune de ces petites œuvres suit un jour de la semaine et adopte un ton différent.
- El Yuma. A Cuba, un yuma est un étranger, surtout américain. Ici, il s'agit d'un jeune acteur de passage à Cuba. Il se plonge dans les nuits havanaises et leur milieu interlope et rencontre une ravissante jeune femme.
- Jam session. On accompagne Emir Kusturica (dans son propre rôle). Le réalisateur venu chercher un prix à la Havane finit la soirée avec son chauffeur, sur fond de musique et de rhum.
- La Tentacion de Cecilia. Cecilia est une chanteuse talentueuse, mais sans avenir artistique sur son île. Un impresario espagnol lui promet amour et gloire (la beauté, elle l'a déjà), si elle le suit à Madrid. Va-t-elle se laisser séduire ou rester aux côtés de son amant qui ne rêve que de fuite aux États-Unis ?
- Diary of a beginner. Elia Suleiman, diplomate palestinien, est en mission à l'ambassade de la Havane. Perdu dans cette ville inconnue, dans un pays dont il ignore la langue et les codes, il ne peut qu'observer la vie cubaine, toujours en retrait.
- Ritual. Une jeune fille, soupçonnée par ses parents d'avoir une relation homosexuelle, doit subir une cérémonie nocturne et muette au fin fond d'une forêt.
- Dulce Amargo. Dans le quartier du Vedado, une famille lutte quotidiennement pour joindre les deux bouts. L'histoire se noue autour de la mère, pâtissière au noir, qui doit confectionner tant bien que mal un gâteau de commande pour le soir même. Entre les coupures d'électricité, les produits qui manquent et le départ d'amis pour l'étranger, la journée se déroule à un rythme frénétique.
- La Fuente. Au coeur de la Habana vieja, aussi vivante que délabrée, une vieille femme rêve d'une fête dédiée à Oshun, déesse assimilée à la Vierge et symbole de la féminité. Elle impose à tout son immeuble de se mobiliser pour organiser les festivités.
Sept Jours à la Havane nous donne à voir, à entendre et à sentir presque différentes ambiances de la ville. Nous parcourons ainsi plusieurs lieux touristiques, l'inévitable Malecon, des quartiers divers depuis la 5e avenue huppée de Kohly jusqu'à la populaire Habana vieja en passant par le résidentiel Vedado. Toutes les histoires sont liées entre elles par des personnages et des
situations, rendant ainsi l'ensemble plus cohérent.
Les courts métrages se présentent comme des tranches de vie, respectant toute une unité de temps (une journée ou une nuit). Elles sont à la fois vues par le regard des étrangers, souvent peu aguerris à la réalité havanaise, voire totalement perdus : savoureux film d'Elia Suleiman, sans parole ou presque par la force des choses qui tire sa force comique du décalage entre le personnage et son environnement, se rapprochant ainsi des films muets. Mais elles sont aussi vécues et perçues par les Cubains, notamment dans les derniers courts métrages.
"Clichés" ai-je lu dans de nombreuses critiques. Cela me paraît discutable. Certes les étrangers représentés logent tous à l'hôtel Nacional ou au Riviera, s'enivrent de rhum et de mulatas au bord du Malecon un cigare à la bouche. Mais n'est-ce pas là justement une façon de montrer combien la vision extérieure sur le pays est étriquée ? De plus ces Yumas côtoient des Cubains sans toujours comprendre leur comportement et leur mentalité. Les Havanais vivent à leurs côtés, expriment leurs espoirs et leurs déceptions, doivent composer avec leur vie complexe.
La solidarité entre générations et entre voisins, le système D, les coupures d'électricité et d'eau, la prostitution plus ou moins masquée, les fêtes où l'on se libère du quotidien, le culte des orishas apparaissent toujours, clairement ou en filigrane, selon les films. Mais pour qui connaît un peu Cuba, ce ne sont pas là seulement des lieux communs, mais aussi une réalité quotidienne.
Un film enfin qui ne se mêlerait pas de politique...(d'ailleurs pourquoi un film sur Cuba devrait-il forcément se muer en pamphlet contre le régime castriste ?). Là encore, on peut émettre des réserves à cette assertion.
Sept Jours à la Havane nous montre des jeunes filles prêtes à tout pour quelques pesos, des difficultés à simplement vivre correctement. Aucune critique vraiment dans cet ingénieur qui déclare préférer faire le taxi, ce médecin qui cumule les métiers illégaux pour survivre, ces balseros désespérés, ou ce discours fleuve de Castro qui scande le film de Suleiman et devient aussi vain que ridicule ?
Tout cela n'est certes pas le sujet principal des courts métrages, mais on ne peut nier la toile politique.
Pour finir sur une note plus gaie, Sept Jours à la Havane remplira de joie les amateurs de musique cubaine. On y entend sans cesse salsa, son, reggaeton et rumba, avec même quelques incursions dans la nueva trova. A noter la présence d'Alexander Abreu (Habana D'Primera) dans l'une des histoires.
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| El Capitolio, La Havane |
Un film de Benicio del Toro, Pablo Trapero, Julio Medem, Elia Suleiman, Gaspar Noé,
Juan Carlos Tabío et Laurent Cantet.
Sortie le 30 mai 2012.
Sept Jours à la Havane a été présenté au festival de Cannes 2012 dans la sélection Un Certain Regard.
mardi 5 juin 2012
Callejon de Hamel, La Havane, Cuba, mars 2011
Petite rue des quartiers populaires de la Havane, lieu du métissage hispano-africain caractéristique de Cuba, le Callejon de Hamel est peuplé des œuvres de Salvador Gonzalez. Le dimanche, la rumba et les orishas y prennent place.
lundi 21 mai 2012
Chercher le garçon
Le refrain est connu.
Emilie a 35 ans, elle est jeune et jolie, a un job passionnant et un charmant appartement à Marseille. Oui, mais elle est seule. Comprendre, sans petit ami.
Un soir de réveillon, la jeune femme décide de rompre cet état de fait en s'inscrivant sur le site de rencontres Meet me.
Vont alors s'enchaîner les rendez-vous plus ou moins réussis et les hommes plus ou moins fréquentables. Tout le panel de la faune errant sur Internet est représenté : les dragueurs compulsifs, les romantiques désespérés, les pervers, les timides, les arrogants... Pressée de passer in real life (dans la vie réelle) avec ses contacts virtuels, Emilie ne laisse cependant aucune chance aux "vrais" hommes qu'elle croise. Quand sa cousine lui conseille de s'en remettre au hasard, la jeune femme a une idée très personnelle de comment s'y prendre.
Ce film, d'une heure seulement, est en fait la version longue d'un court-métrage. Traitant du sujet en vogue des trentenaires englués dans leur célibat sur un ton plutôt léger et humoristique, il peine à trouver une conclusion à son propos.
Le ballet des rencontres Internet est relativement réaliste au fond et tranche avec le happy-end plus convenu. Mais sans doute fallait-il éviter que la protagoniste (et le spectateur avec elle) ne sombrât dans le désespoir de la solitude.
L'ensemble reste cependant plaisant et amusant, l'improvisation des acteurs, Sophie Cattani en tête, confère un aspect vivant aux situations. Et en toile de fond Marseille, son vieux port, son Frioul, sans oublier son célébrissime (hélas) soap.
Un film de Dorothée Sebbagh, avec Sophie Cattani
Sortie : 2 mai 2012
Le ballet des rencontres Internet est relativement réaliste au fond et tranche avec le happy-end plus convenu. Mais sans doute fallait-il éviter que la protagoniste (et le spectateur avec elle) ne sombrât dans le désespoir de la solitude.
L'ensemble reste cependant plaisant et amusant, l'improvisation des acteurs, Sophie Cattani en tête, confère un aspect vivant aux situations. Et en toile de fond Marseille, son vieux port, son Frioul, sans oublier son célébrissime (hélas) soap.
Un film de Dorothée Sebbagh, avec Sophie Cattani
Sortie : 2 mai 2012
lundi 7 mai 2012
El Chino
Profitons de l'enthousiasme
humaniste de ces dernières heures pour évoquer un joli film argentin. Il passera
sans doute inaperçu faute de salles pour le distribuer.
Jun, jeune homme chinois, voit
mourir sous ses yeux sa fiancée, écrasée par une vache littéralement tombée du
ciel. Il se retrouve alors en Argentine, sur les traces d'un vieil oncle,
désormais sa seule famille. Mais Jun ne parle pas un mot d'espagnol et se fait
rapidement dérober ses quelques biens. Heureusement (?) pour lui il croise la
route de Roberto, un droguiste misanthrope et maniaque.
Mais ce dernier, s'il ne peut
souffrir bien longtemps la compagnie de ses semblables, est aussi un homme
droit. Ne concevant pas d'abandonner le jeune étranger à son triste sort, il
l'accueille dans sa boutique de Buenos Aires, lui fait une place dans sa maison
et tente de retrouver sa famille (avant tout pour se débarrasser de lui, il est
vrai). Il va essayer de supporter ce garçon, très gentil mais un peu
encombrant, qui perturbe ses habitudes.
Jun et Roberto ne parlent pas la
même langue, ont des caractères aux antipodes l'un de l'autre, Cette distance est renforcée, pour le spectateur, par le fait que les paroles de Jun ne sont jamais sous-titrées ni traduites. Comme Roberto, on ne le comprend que par bribes. Cependant les deux hommes finissent
tout de même par s'entendre et par influer sur le cours de leurs existences
mutuelles. Leur amitié naissante est également encouragée par la charmante
Mari, voisine amoureuse de Ricardo. Il ne cesse de la repousser mais elle insiste
avec raison car la carapace gagne à être percée.
El Chino brode sur un sujet rebattu au cinéma, la rencontre
improbable de deux personnalités aussi éloignées que possible qui parviennent
cependant à nouer des liens forts. Mais le film distille un charme qui
fonctionne. Au premier abord, la comédie est charmante, entre situations
cocasses, quiproquos et caractères amusants. Mais on sourit plus qu'on ne rit
dans cette histoire, et El Chino aborde
en fait des thèmes comme le destin, le sens de la vie ou la place des
sentiments.
Un film dans
lequel les avions et les vaches font et défont les couples et les familles.
Un film de Sebastian Borensztein, avec Ricardo Darin, Ignacio Huang, Muriel Santa Ana.
Sortie : 8 février 2012
samedi 5 mai 2012
samedi 14 avril 2012
La Havane année zéro, Karla Suarez
En 1993, Cuba subit de plein fouet la chute du grand frère soviétique et la crise économique qui s'est ensuivie. Le pays est au plus fort de la "période spéciale", notamment à la Havane. Ses habitants manquent de tout, les projets personnels ne peuvent plus exister, les transports ne fonctionnent plus qu'au ralenti et les coupures d'électricité sont quotidiennes.
Dans ce contexte, Julia, enseignante en mathématiques, se partage entre trois hommes, trois histoires sentimentales différentes : Euclides, son ancien amant, un professeur retraité, Angel, son nouvel amour, un homme torturé par le souvenir de son ex-femme et Leonardo, un romancier passionné par sa future oeuvre mêlant fiction et réel. Autour d'eux gravite aussi Barbara, une journaliste italienne.
Tous ces personnages sont liés par une interrogation commune : et si le téléphone avait été inventé à Cuba ? Question originale dans un pays où les télécommunications sont revenues à un stade préhistorique. En effet tous recherchent le manuscrit d'un certain Meucci, inventeur italien établi dans l'île au XIXè siècle, dont l'invention aurait été spoliée par Bell. Tous sont liés d'une façon ou d'une autre à cette histoire et ont un intérêt à mettre la main sur sa preuve écrite.
Mais surtout tous mentent en permanence (le titre original est d'ailleurs Ellos mienten), pour se préserver ou pour embellir un quotidien trop terne. Ont-ils de réels motifs pour retrouver le manuscrit de ce Meucci ou veulent-ils simplement pallier l'ennui permanent de leur existence ?
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| Slogans révolutionnaires sur la rive du Rio Almendares, quartier Kohly, La Havane, Cuba |
Impossible d'en dire plus sous peine de dévoiler les rebondissements d'un roman construit comme une équation mathématique aux inconnues multiples. Julia elle-même, la narratrice, est à la fois manipulatrice et manipulée, proie et prédatrice au milieu des hommes parmi lesquels elle doit lutter.
La lecture demande une attention continue car le rythme du roman est haletant et les retournements de situation continuels, ce qui offre une saisissante opposition avec la peinture d'un pays éreinté, presque à l'arrêt où le moindre contact et le moindre déplacement tiennent lieu d'exploits.
La Havane année zéro offre en outre une évocation intéressante de l'histoire et de la mentalité cubaines des années 90. Sont évoquées les difficultés et la vie quotidiennes, comme l'appartement possédé par Angél dans le quartier du Vedado (luxe) où il vit seul (luxe suprême) ou les périples de Julia entre sa banlieue d'Alamar et le centre ville, mais aussi des données sociales plus générales : la chasse au touriste, la fuite désespérée des balseros, la déqualification des emplois. Les personnages, tour à tour lâches et courageux, fiers et prêts à tout pour sortir de leurs problèmes, dressent un portrait polymorphe du peuple cubain.
La Havane année zéro, Karla Suarez, traduction de François Gaudry, Métailié, 2012
samedi 7 avril 2012
Jirô Taniguchi
A l'occasion du récent Salon du livre de Paris, consacré cette année 2012 à la littérature japonaise, l'envie me prend d'évoquer ici une récente découverte (pour moi) : le mangaka Jirô Taniguchi.
Ses oeuvres, publiées dans la collections Ecritures de Casterman, sont à la lisière, par le narration et le trait, du manga japonais et de la bande dessinée occidentale, remarque empruntée au journal Marianne.
Ma plus récente lecture est celle des deux tomes des Années douces, adaptation du roman de Hiromi Kawakami.
L'histoire en est d'apparence très simple. Un soir, alors qu'elle dîne dans un café, Tsukiko, jeune femme de trente-sept ans, croise le regard d'un homme plus âgé et réalise qu'il s'agit de son ancien professeur de japonais, alors qu'elle n'était encore que lycéenne.
La discussion se noue, les rendez-vous et les balades plus ou moins fortuits se poursuivent au long des mois et une véritable affection apparaît malgré la différence de générations.
Le "maître" comme le nommera toujours Tsukiko est un homme à l'ancienne mode, veuf, d'âge avancé, véritable puits de culture qui ne livre qu'assez peu ses sentiments et son passé. La narration, faite par le personnage de la jeune femme exclusivement, accentue cette impression de détachement et de mystère.
En revanche, l'histoire et les états d'âme de Tsukiko nous sont tout à fait connus. Célibataire, un peu en décalage avec sa génération, la jeune femme est troublée par son ancien professeur. Elle éprouve peu à peu la douleur de son absence, le désir et la jalousie alors même que la cour faite par un homme de son âge lui est totalement indifférente.
Il ne faut pas s'attendre ici à de grandes péripéties. L'intrigue se déroule dans le calme apparent et le trouble intérieur. L'auteur n'explique pas la naissance du sentiment amoureux mais la montre, par la répétition des scènes de "rencontres" et de cuisine qui scandent l'oeuvre comme des chapitres, les ellipses temporelles où se crée le manque de l'autre, les rapprochements ténus entre les personnages. De belles scènes oniriques, ancrées dans les paysages de marge (le rivage, la forêt), les éléments naturels ou le folklore japonais, apportent une profondeur réflexive jamais lourde sur la relation entre cet homme et cette femme, dont l'un doit composer avec son passé déjà lointain et l'autre construire sa vie.
Cette problématique de la transmission, du temps qui passe sur la jeunesse, ce trait de dessin délicat et cet onirisme sont présents également dans un autre livre de Jirô Taniguchi, Quartier lointain (deux tomes).
L'auteur y raconte cette fois une histoire à la lisière du fantastique. Un homme d'affaires débordé, stressé, peu préoccupé de sa famille, se trompe de train alors qu'il rentre de la capitale. Il se retrouve ainsi par mégarde dans la ville de son enfance, dans le cimetière où repose sa mère. Sous l'effet de l'alcool, il s'évanouit et se réveille dans le corps de l'adolescent qu'il était à quatorze ans, mais en ayant conservé son esprit d'adulte.
Sous les traits d'un jeune garçon, il retrouve donc le chemin de sa maison et par là même sa famille. Nous sommes dans les années 60, quelques mois avant la mystérieuse disparition de son père. L'homme mûr redevenu adolescent va alors tenter de comprendre ce départ subit et surtout essayer de l'empêcher.
Ce père sera donc sans cesse jaugé, analysé et peut-être finalement compris par son fils désormais du même âge. Là encore une peinture de la vie et du passage à l'âge adulte, avec ses choix (se mettre en couple, avoir des enfants, renoncer ou non à ses rêves).
jeudi 5 avril 2012
samedi 17 mars 2012
Act of love
Tombée par hasard sur ce film il y a quelques temps, je n'avais malheureusement pas pu en regarder la fin. Mais assez happée par ce que j'avais vu de l'histoire et des personnages, je me suis précipitée sur le dvd vendu à vil prix sur un célèbre site. Pour que j'en vienne à acheter un tel objet, ce qui ne m'est plus arrivé depuis longtemps et en sus avec Wesley Snipes au casting, il fallait vraiment que le film m'interpelle ! Mais brisons là sur ma vie qui, certes passionnante, ne se veut pas l'objet de ce billet.
Venons-en donc au film Act of love.
L'intrigue est en apparence plutôt simple, voire attendue. Quand Franklin et Zora se rencontrent au hasard d'un déménagement à Brooklyn, c'est le coup de foudre immédiat. Leur histoire débute comme un conte de fées. Mais des grains de sable viennent peu à peu gripper cette belle harmonie. Des divergences sociales d'abord : Franklin est ouvrier, fréquemment au chômage et en proie au racisme latent ; Zora évolue, comme on le dit, dans une catégorie socio-professionnelle plus élevée, elle est professeur de musique et ses amis sont cadres. Des différences de projets de vie aussi : lui cherche surtout à payer ses factures, sa pension alimentaire, à enfin pouvoir divorcer, quand la jeune femme se rêve chanteuse à succès.
La passion, dans un premier temps, masque ces obstacles à grand renfort de promesses d'amour éternel, de "à deux on y arrivera" et de fantasme de toute-puissance. Toutefois, bien vite, la réalité reprend ses droits. L'alcool de plus en plus fréquent pour Franklin, une grossesse inattendue, l'argent qui manque sans cesse et une incompréhension grandissante minent le couple qui se voulait romantique.
Et c'est là que le film prend toute sa profondeur, dans cette analyse en finesse des rapports amoureux, réalisme et subtilité que l'on perçoit jusque dans l'évolution des relations physiques. Certes ses qualités sont surtout dues aux personnages principaux (et acteurs, en particulier Wesley Snipes, intattendu dans ce registre intime et psychologique), les autres protagonistes étant peints de façon plus grossière : l'amie compréhensive face à la copine revêche ("je te l'avais bien dit"), la belle-famille forcément hostile etc. Mais on n'en demeure pas moins touché par les problématiques abordées. Il est d'ailleurs très dommage que ce film soit si peu connu.
L'amour, aussi fort soit-il (les sentiments de Franklin et Zora ne sont jamais remis en cause), n'est pas envisagé comme la réponse magique à tous les maux, certainement pas aux problèmes sociaux et économiques, encore moins comme un palliatif à une estime de soi en berne. Au contraire, il ne pourra s'épanouir que lorsque les personnages se seront construits eux-mêmes et auront mis au clair leurs attentes.
Peut-être faudrait-il se souvenir de cela dans la "vraie" vie.
Act of love, de Gina Prince-Bythewood , avec Wesley Snipes et Sanaa Lathan. Sorti en 2000
lundi 5 mars 2012
lundi 27 février 2012
La Parenthèse, Elodie Durand
Décidément le thème de la mémoire, surtout perdue, est un fil rouge de mes lectures ces derniers temps. Allez savoir pourquoi.
Mais la Vie d'une autre ou plus récemment la Page blanche étaient des fictions, les héroïnes y souffraient d'une amnésie qui n'était autre que la métaphore actualisée des manques d'une vie insatisfaisante.
La Parenthèse aborde un tout autre aspect : plus qu'une bande dessinée, il s'agit ici d'un journal composé a posteriori par son auteure, Élodie Durand, dans lequel elle relate sa traversée d'une grave maladie.
Âgée d'à peine 22 ans, la jeune femme est en proie à des pertes subites de mémoire, à des malaises et crises nerveuses inexplicables. Elle se voit diagnostiquer une épilepsie due à une tumeur au cerveau.
Judith (prénom du personnage principal) passe alors par différents stades successifs : le déni de la maladie qui n'est pour elle qu'un mauvais "rhume" malgré la lourdeur des traitements médicamenteux, l'acceptation de la gravité quand la perte des repères et des souvenirs se fait plus prégnante et les interventions médicales plus invasives, enfin la reconstruction progressive de soi alors qu'on n'est plus la même ni physiquement, ni psychiquement.
Ce journal est d'abord adressé aux proches de l'auteure. Mis en scène dans de nombreuses planches, ils relatent les faits oubliés et comblent les blancs. Dans les moments de détresse, ils demeurent pour Judith le seul repère tangible alors que toute sa vie est devenue mouvante.
D'autres procédés donnent corps à ce récit de maladie. Le monde médical et les traitements sont rarement envisagés de façon très technique, mais sont vus par les yeux de la jeune patiente. Le dessin, qui confine parfois au cartoon inquiétant, pallie l'indicible ou l'oublié : ainsi ces mini-médecins en quête d'une tumeur dans un cerveau disproportionné, ou cette maladie personnifiée comme une tête menaçante et dévorante à dompter.
Beaucoup de force et de souffrances aussi dans ces crayonnés datant des années de maladie, très figuratifs, ou ces vignettes obsessionnelles du sommeil de Judith et de sa "chute" dans le mal.
Élodie Durand relate dans la Parenthèse le vécu complexe et personnel de sa maladie. La douleur est présente d'un bout à l'autre de l'œuvre sans pour autant verser dans le pathos. Un récit très fort et très subtil à la fois.
La Parenthèse, Élodie Durand, Delcourt, 2010
jeudi 23 février 2012
Du Mercure sous la langue, Sylvain Trudel
"Tu ne peux même pas t'imaginer ce que c'est que d'ouvrir l'œil, le matin, en ayant encore en soi ce vieux réflexe de bonheur, puis de se rappeler soudainement qu'on est condamné".
Un très beau livre mais très dur, dont je ne me suis pas sentie le courage de faire la critique.Sylvain Trudel, écrivain québécois, se met dans la peau d'un adolescent condamné par un cancer. Le jeune Frédéric, poète à ses heures, maudit la condition humaine et les illusions de sa brève existence.
Du Mercure sous la langue, Sylvain Trudel, les Allusifs, 2002, p.118
Un très beau livre mais très dur, dont je ne me suis pas sentie le courage de faire la critique.Sylvain Trudel, écrivain québécois, se met dans la peau d'un adolescent condamné par un cancer. Le jeune Frédéric, poète à ses heures, maudit la condition humaine et les illusions de sa brève existence.
vendredi 17 février 2012
La Page blanche, Boulet & Pénélope Bagieu
La Page blanche, roman graphique, est le fruit de la collaboration entre deux auteurs de BD : Boulet (le scénariste, à qui l'on doit notamment les dessins de la série Donjon Zénith de Trondheim) et Pénélope Bagieu (l'illustratrice dont on ne présente plus le blog Ma Vie est tout à fait fascinante ou encore la série des Joséphine).
Sur 200 pages, divisées en chapitres, la Page blanche relate l'histoire d'une amnésie.
Les premières planches mettent en scène sur un banc parisien, à la nuit tombante, une jeune femme (Éloïse) incapable de se rappeler comment elle a atteri à cet endroit.
Si sa mémoire a effacé tout ce qui la concerne, famille, amis, goûts etc., Éloïse ne renaît pourtant pas au monde : elle sait encore "où sont les stations de métro (...), qui est Britney Spears (...), qu'un icosaèdre est un volume à vingt faces". (p. 102). Mais retrouver son code d'entrée ou deviner pourquoi elle est devenue libraire demeurent des souvenirs inaccessibles.
Les douze chapitres présentent la quête d'elle-même entamée par la jeune femme, recherche symbolisée par une frise temporelle étayée et complexifiée sans succès.
La narration alterne cette enquête quasi-policière d'indices sur sa propre existence et des intermèdes humoristiques, issus de l'imagination d'Éloïse afin de l'aider à combler les blancs. Terrorisme international ou enlèvement extra-terrestre deviennent pour elle des hypothèses plausibles.
Cette légèreté et l'humour dont ne se départit jamais la jeune femme offrent un pendant à l'angoisse inhérente à l'amnésie et aux cauchemars qui hantent l'héroïne.
Différents tons mis en lumière par le dessin de Pénélope Bagieu, à la fois joyeux et mélancolique. L'illustratrice fait également la part belle au décor parisien, et peint avec tendresse la capitale.
Peu à peu Éloïse recompose la portrait de celle qu'elle était : une jeune femme un peu seule, déprimée, sans réel talent ni caractère. En ce sens l'amnésie devient une métaphore éclairée par la fin de la BD que, bien sûr, que je dévoilerai pas ici.
La Page Blanche, Boulet & Pénélope Bagieu, Delcourt, 2012
jeudi 9 février 2012
Accabadora, Michela Murgia
"La guerre qu'on qualifierait de Grande avait déjà mérité cet adjectif, arraché à Soreni trois classes destinées à la tranchée du Piave, et ne s'en contentait pas. Du front arrivaient des blessés graves, ainsi que des nouvelles de l'héroïque brigade Sassari. A 20 ans, Bonaria avait assez vécu pour savoir que le mot "héros" constitue le masculin singulier du mot "veuves", et pourtant elle aimait s'imaginer mariée quand, allongée sur l'herbe, sous les pins, elle serrait sur sa poitrine la tête bouclée de Raffaele Zincu, inspirant à plein poumons les parfums de la terre résineuse."
Accabadora, Michela Murgia, Seuil, 2011, pp. 110-111
vendredi 3 février 2012
Accabadora, Michela Murgia
Dans la Sardaigne des années 50, Bonaria Urrai prend comme fill'e anima ("fille d'âme") la petite Maria Listru, bien volontiers cédée par sa mère, veuve déjà encombrée de trois enfants. La fillette grandit auprès de sa Tzia qu'elle pense couturière et qui lui offre l'attention et l'éducation qu'elle n'a pas reçues.
Mais dans ce village hors du temps, la vieille Bonaria est souvent mandée en cachette pour accomplir une mystérieuse besogne. Elle est l'accabadora, la "dernière mère"en sarde, celle qui offre la mort aux êtres souffrants.
Pressentant un secret, Maria, désormais jeune fille, ne cherche pas à en savoir davantage jusqu'à ce que l'activité de sa mère de coeur la touche au plus proche.
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| Sardegna-la campagna7. Photo : CharlesFred.CC : BY-NC-SA. Source : flickr |
On se laisse transporter par l'atmosphère et la langue (merveilleusement traduite par Nathalie Bauer) de ce roman. Il nous mène dans une Sardaigne rurale et traditionnelle, encore marquée par le rythme agricole, par l'omniprésence de la religion et des superstitions, par le dialecte parlé par tous en lutte contre l'italien.
En ce sens, le bref épisode turinois paraît plus terne dans ses descriptions et ses personnages bourgeois moins convaincants, comme pour montrer que Maria n'y a pas sa place.
C'est la relation entre Tzia Bonaria et Maria Listru qui tisse le roman, rapport complexe de tendresse et de rejet mêlés.
Accabadora a reçu le prix Campiello 2010.
Accabadora, Michela Murgia, Seuil, 2011
lundi 23 janvier 2012
La Délicatesse, David Foenkinos
Disons-le d'emblée, je ne vais pas parler ici du film sorti sur les écrans ces jours-ci. Toutefois c'est bien le battage fait autour de l'œuvre cinématographique qui m'a donné envie de lire le livre du même nom.
Ce fut une belle surprise que ce roman qui porte bien son nom, la Délicatesse, une histoire et une écriture tout en sensibilité et en petites touches, en petits riens.
La Délicatesse s'ouvre sur l'histoire idyllique de François et Nathalie. Ils sont jeunes, ils sont beaux et tombent amoureux au premier regard dans un café parisien. L'auteur décrit d'ailleurs en une très jolie scène cette "chute en amour" : François s'attache à la jeune femme car elle a demandé un jus d'abricot, choix qui augure selon lui de la suite harmonieuse de leur relation. S'ensuivent plusieurs années d'un bonheur conjugal parfait, rompu, comme tous les contes de fées, par un drame. Fauché par une voiture, le jeune homme meurt brusquement et laisse Nathalie, veuve avant l'heure, éplorée.
La peinture de cette dépression, qui ne verse jamais dans le misérabilisme ou la théâtralité, sonne très juste. Nathalie s'extrait peu à peu du monde, se noie dans le travail et ne perçoit qu'à peine les avances de son patron. Un jour cependant, sans crier gare, la jeune femme embrasse fougueusement Markus, un collègue suédois mal fagoté et d'apparence insignifiant. Elle-même ne s'explique pas ce geste à l'endroit d'un homme qui la dégoûterait presque. Markus, de son côté, est stupéfait qu'une telle femme s'intéresse à lui et en tombe amoureux, sentiment qui, il le réalisera bien vite, était déjà ancré en lui.
Markus et Nathalie commencent alors à se fréquenter, à tisser une relation aussi inattendue que tendre.
Comme je l'ai dit plus haut, l'écriture de ce roman est réellement fine, touchante. La naissance du sentiment amoureux, inexplicable, est parfaitement décrite alors que d'autres scènes (la malveillance sans nuance des collègues) ou certains procédés de distanciation (comme l'insertion de notes, de listes) paraissent plus artificiels. La Délicatesse demeure néanmoins une belle découverte.
jeudi 19 janvier 2012
Génie des alpages, F'murrr
Petit poème bien sympathique de Romuald, le célèbre bélier dans la délirante BD de F'murrr, le Génie des alpages.
En étoile
Je m'suis fait sauter l'caisson
Tralalakon et Pan!
Les pieds en éventail
Tralalala,lala et Pan!
La cervelle en étoile sur le pavé
Jolie méduse rose
Et Pan! et Pan!
S'en est passé des choses
Dedans la pauvre coquille
Dehors l'est tout parti
maintenant, et pan et pan et Pan !
mes rêves, mes joies, mes peines
éparpillés sur le pavé, mouillé Tralalala la lé
C'est tout cassé,
C'est tout cassé,
C'est tout cassé,
Et moi zaussi
Et Pan! Et pan!
Je m'suis fait sauter l'caisson
Tralalakon et Pan!
Les pieds en éventail
Tralalala,lala et Pan!
La cervelle en étoile sur le pavé
Jolie méduse rose
Et Pan! et Pan!
S'en est passé des choses
Dedans la pauvre coquille
Dehors l'est tout parti
maintenant, et pan et pan et Pan !
mes rêves, mes joies, mes peines
éparpillés sur le pavé, mouillé Tralalala la lé
C'est tout cassé,
C'est tout cassé,
C'est tout cassé,
Et moi zaussi
Et Pan! Et pan!
mardi 10 janvier 2012
Soufi mon amour, Elif Shafak
Dernier roman d'Elif Shafak, Soufi, mon amour s'inscrit dans la continuité des précédents tels La Bâtarde d'Istanbul ou Lait noir. Il s'agit là encore d'une oeuvre polyphonique, interrogeant sur le sens de la vie et des relations humaines.
L'intrigue se résume à l'imbrication de deux romans, d'inégale longueur.
Le premier, cadre de l'histoire globale, se déroule de nos jours dans une famille américaine aisée. Ella Rubinstein, femme au foyer modèle, a construit sa vie stable mais monotone autour de ses trois enfants adolescents et de son époux, cadre souvent retenu par son travail mais surtout par ses jeunes maîtresses. Ella accepte, d'abord pour meubler ses journées, un poste de lectrice au sein d'une maison d'édition. Il s'agit pour elle de rédiger des rapports de lecture afin d'orienter les choix de l'éditeur.
On lui soumet Doux Blasphème, roman d'un certain Aziz Z. Zahara. L'oeuvre relate la rencontre spirituelle dans le XIIIè siècle oriental entre le poète Rûmi, poète et fondateur des derviches tourneurs, et Shams de Tarbiz, soufi errant. Ces pages offrent un pendant mystique à l'apparente légèreté de la vie d'Ella.
Cependant, les histoires s'imbriquent et le premier récit, centré sur Ella doit être lu au miroir du second.
A travers le personnage de Shams et ses voyages, Elif Shafak nous dépeint de façon vivante et pittoresque l'Asie mineure médiévale avec ses érudits, ses marchands, mais aussi ses mendiants, ses prostituées. Mais ce roman est surtout une véritable initiation au soufisme, et par là à l'amour dans son sens le plus noble. Les Règles de vie, au nombre de 40, sont énoncées par le derviche tout au long du récit et en scandent les étapes. Elles permettent l'initiation spirituelle de Rûmi, tout comme celle d'Ella, éveillée à la vie par Aziz.
Autre intérêt de ce roman, et non des moindres dans le contexte actuel : le soufisme, "voie" mystique et intérieure, tranche avec l'Islam orthodoxe et offre une lecture du Coran humaniste et tolérante. Très bien documenté, Soufi, mon amour est une porte ouverte sur cette culture souvent caricaturée.
Soufi mon amour, Elif Shafak, Phébus, 2010
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