vendredi 29 novembre 2013

La Ronde des prétendants de Ghada Abdel Aal

En Egypte, passés 25 ans (ou 20, 30 selon les régions, mais certainement pas plus de 35 !), et qu’on est une femme célibataire, on devient une « vieille fille ». Et cela même si on sort d’études longues et qu’on occupe un poste à responsabilités.
Dès lors l’obsession de la famille entière, voire  du quartier, est de marier la jeune esseulée.
La narratrice, Bride (fiancée en anglais), nous fait toucher du doigt cette réalité avec humour. Dans la Ronde des prétendants, roman au style vif et au ton enlevé, Ghada Abdel Aal transpose son blog devenu le plus célèbre du genre en langue arabe.

Dressed up, de Evelyn Hill. Source : flickr. CC :  BY 2.0
Devant des parents désespérés de la caser enfin, les « prétendants » se succèdent selon des règles définies : le rendez-vous, les présents, les questions à aborder. Tous sont plus ridicules et mufles les uns que les autres. Sans cette pression sociale, on doute qu’une femme universitaire à l’ironie aussi cinglante ait pu se retourner sur eux.

Oui mais nous sommes en Egypte. L’incitation à se mettre en couple, également présente dans nos sociétés occidentales, prend alors une autre tournure.
Dans un pays en pleine mutation sociale, les hommes continuent d’être minoritaires (l’on fait des enfants jusqu’à avoir un héritier mâle) et les traditions ont la vie dure. Pourtant, les femmes travaillent, pourraient être indépendantes et ce n’est plus forcément la question religieuse qui entre en ligne de compte. Mais l’éducation et l’idéologie machiste perdurent. Une femme continue d’attendre d’être mariée pour voyager ou avoir des enfants. Quant à flirter avec tout un chacun, il ne faut pas même y songer lorsqu’on est une jeune fille respectable. Tous ces éléments nous sont expliqués dans de brefs chapitres, intercalés entre les rendez-vous « galants ».

Bride a pourtant des aspirations modernes, entrées dans les normes sous nos latitudes mais féministes dans l’Egypte actuelle. Elle se rêve en compagne égale d’un homme, qui serait son partenaire de vie et d’idées. Elle ne fantasme pas sur un souffre-douleur ou un tyran domestique. Pourtant elle sait qu’elle doit se plier aux coutumes du mariage arrangé et de la chasse au fiancé, véritables phénomènes sociaux en son pays.

Comme elle, on hésite souvent entre céder au défaitisme devant le défilé de ces caractères masculins ou prendre le parti d’en rire. Et comme elle, on capitule devant son humour à toute épreuve.

La Ronde des prétendants de Ghada Abdel Aal, Editions de l’Aube, 2012

vendredi 1 novembre 2013

Gravity

Quoi de mieux qu'un bon blockbuster en ces temps rafraîchis pour passer un après-midi de congés ? Encouragée par la critique quasi unanime, mon choix s'est porté sur le film Gravity d'Alfonso Cuaron et il a fallu de la constance pour trouver une séance encore libre.

A l'arrivée, mon avis est mitigé.
L'histoire tient en quelques mots. Lors d'une intervention technique dans l'espace, le docteur Ryan Stone et l'astronaute Matt Kowalsky sont victimes d'une nuée de débris. La navette explose. Livrés à eux-mêmes, ils doivent trouver un moyen de rentrer sur Terre.

Je ne me prononcerai pas sur le réalisme scientifique du film, n'étant pas une experte et d'autres sont plus légitimes en la matière. Voir notamment cet article de la Libre.be.

Les points positifs tout d'abord : le film est sublime, avec l'aide de la 3D le spectateur est réellement immergé dans l'espace. Les repères sont perdus, encore davantage lorsque la caméra adopte un point de vue subjectif. En bref, on s'y croit. Si l'on ajoute à cela l'efficacité du scénario (comment survivre avant le retour des débris), on ne voit pas le temps passer et le divertissement tient ses promesses.

Sauf que...il ne faut justement rien attendre d'autre de ce film qu'un excellent divertissement. Et parions que le passage sur petit écran lui fera perdre de son intérêt.
Tous les poncifs du film catastrophe américain sont enchaînés, encore plus rapidement que les déchets tueurs qui menacent Sandra Bullock ! Dans l'ordre (attention spoilers, quoique...) : l'astronaute qui clame que c'est sa dernière mission (malheureux, c'est à ce moment-là que le pire arrive ! ), la mort expédiée de personnages au moins tertiaires, la blessure intérieure de l'héroïne qu'il lui faudra vaincre, le machisme de son compagnon d'infortune, le sacrifice pour que l'héroïne vive, la chance incroyable qu'elle connaît dans son malheur et les ressources insoupçonnées qu'elle déploie in extremis, la morale (se surpasser et faire preuve de courage) et les métaphores bien lourdes, et ce n'est pas un jeu de mots. 
Et n'oublions pas la traditionnelle critique anti-russe, héritage de l'ère soviétique, dès qu'il s'agit de parler d'espace. Car si la catastrophe survient et balaie toutes les navettes américaines et chinoises, c'est à cause d'un missile russe !


Certes l'héroïne peut être touchante, en mère endeuillée, certes on comprend que tout cela ramène à la renaissance de la femme et à la maternité. Voir à ce propos, l'article de Rue 89 en date du 30 octobre 2013. Mais les variations autour de ces thèmes sont amenées avec tant d'emphase et si peu de subtilité que cela empêche le film de s'élever au-delà de la prouesse technique. On pourra ainsi s'amuser à relever toutes les occurences d'images foetales, de cordon ombilical, d'eau et de ventre maternels.
Dans le genre film catastrophe exprimant en filigrane un message, j'avais préféré Melancholia de Lars Von Trier.

A voir tout de même, mais impérativement au cinéma !

Un film d'Alfonso Cuaron, avec Sandra Bullock et George Clooney.
Sortie : 23 octobre 2013