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mercredi 27 décembre 2017

Le Sens de la fête, E. Toledano et O. Nakache

Max, inénarrable Jean-Pierre Bacri en râleur habituel, est organisateur de mariage depuis trente ans. Il s'apprête à raccrocher son tablier après une dernière cérémonie.
Et voici que se croisent dans une unité de temps (une journée) et de lieu (un sublime château et son parc) une multitude de personnages, équipe de Max ou invités du mariage.
Evidemment rien ne se passera comme prévu.

Max doit gérer son assistante grande gueule, un marié imbuvable et un chanteur approximatif (entre autres) alors que sa femme veut le quitter.
Et autour de lui, le ballet des serveurs, plus ou moins déclarés, des invités plus ou moins fantasques (Hélène Vincent en mère du marié...) continue.

Sur le papier on a tout du film choral avec ses caractères bien définis, presque caricaturaux. Bacri fait du Bacri, et nous conquiert dès la scène d'ouverture, que je ne dévoilerai pas ici.
Mais cela fonctionne : on rit, on sourit, on s'émeut en voyant évoluer tous ces personnages, parfois mesquins, menteurs ou hautement naïfs mais très humains.

Le Sens de la fête : Affiche
Le Sens de la fête, Eric Toledano et Olivier Nakache, 2017


mardi 29 juillet 2014

Je voyage seule

"Viaggio sola" (titre original) pourrait être la devise d'Irene. 
Son métier a tout pour faire rêver : elle est "cliente mystère" dans les hôtels, et à ce titre est payée pour inspecter les plus grands palaces, y mesurer la température des vins et les courbettes du personnel.

Dans sa vie personnelle également, Irene "voyage seule". Célibataire, elle profite de la liberté que lui offre son poste. Pourtant, elle commence à s'interroger sur sa vie, à partir des modèles autour d'elles et des rencontres qu'elle fait. Sa soeur incarne la mère de famille parfaite, en apparence du moins. Son ex amant et meilleur ami (Stefano Accorsi, particulièrement charmant) va se retrouver père à son insu et semble s'adapter à la situation. Des rencontres éphémères également dans les hôtels où elle descend la marquent : un homme très séduisant et très marié, une anthropologue qui est presque une alter ego.

Irene fait alors des tentatives. Elle essaie de se rapprocher de ses petites nièces, de renouer d'autres liens avec son meilleur ami... Mais tout cela est bancal.

Je voyage seule est une comédie romantique de son époque : l'héroïne n'y rêve plus forcément du prince charmant, elle tente surtout d'être en accord avec elle-même et l'idée qu'elle se fait de son bonheur. C'est la liberté de choix qui est mise en scène, de façon parfois comique mais surtout très tendre.

Sur ce thème, voir aussi le livre de Jean-Claude Kaufmann.

Un film de Maria Sole Tognazzi, avec Margherita Buy, Stefano Accorsi, Fabrizia Sacchi. Sortie : 2014

jeudi 6 février 2014

La Vie est belle

Voilà un film plus que connu, ayant accédé au statut de chef-d'oeuvre.
Oui, mais justement, ce n'est pas vers ce genre de films que l'on va le plus facilement. Et j'aime bien, de temps à autre, me replonger dans l'un de ces classiques.

La Vie est belle est une fable, un conte de Noël qui commence pourtant comme un cauchemar. Un homme est sur le point de se suicider. Des anges devisent dans le ciel et décident de le sauver (scène assez amusante avec les effets spéciaux de l'époque). Ils envoient donc sur Terre un ange de seconde zone, qui cherche ainsi à gagner ses ailes. Auparavant, ils font défiler la vie du désespéré devant les yeux de son futur sauveur.

Nous faisons donc connaissance avec le personnage de George Bailey, un véritable modèle d'altruisme dès sa jeunesse : il sauve son jeune frère de la noyade et son patron d'une faute professionnelle.
George n'a qu'un rêve, quitter sa bourgade de province pour étudier et voyager. Mais la mort de son père, propriétaire d'une banque venant en aide aux déshérités, l'oblige à rester sur place. Au fil des ans, il voit s'amenuiser ses espoirs d'évasion. Il fonde une famille et poursuit l'entreprise familiale, en butte à l'avidité du plus gros propriétaire de la ville. Pendant ce temps, ce sont ses amis et son frère qui partent, étudient, deviennent héros de guerre.
George ne cesse d'honorer le but de son père : offrir un toit aux plus pauvres. Il résiste à la crise mais sera finalement piégé par son ennemi. Perdant 8 000 dollars à la veille de Noël, George songe au suicide.
L'ange dépêché pour l'en dissuader lui montre alors ce qu'aurait été la vie de ses proches sans son existence. Une mention spéciale à son épouse, transformée en vieille fille nécessairement bibliothécaire...



La Vie est belle est certes un film manichéen et naïf, le bien triomphant du mal et la morale étant récompensée. Cependant il se rapproche par cela du schéma du conte et le merveilleux (notamment chrétien) affleure parfois. Des éléments réalistes sont cependant présents comme la trame historique. On voit défiler l'histoire américaine du début du XXe siècle : crise de 1929, Seconde Guerre Mondiale. A noter aussi une critique, un peu caricaturale, du capitalisme dévorant l'humain.

Au final, ce joli film, plein d'humour, délivre un message positif sur l'accomplissement de soi et l'importance de chaque être humain sur Terre : "Each man's life touches so many other lives. When he isn't around, he leaves an awful hole, doesn't he ?" déclare l'ange Clarence (La vie de chaque homme touche tant d'autres vies. Lorsqu'il n'est pas là, il laisse un terrible vide).
George n'aura pas réalisé ses rêves de jeunesse mais il aura laissé une oeuvre humaniste derrière lui.

Un film de Frank Capra, avec James Stewart, Donna Reed. Sortie : 1947

vendredi 1 novembre 2013

Gravity

Quoi de mieux qu'un bon blockbuster en ces temps rafraîchis pour passer un après-midi de congés ? Encouragée par la critique quasi unanime, mon choix s'est porté sur le film Gravity d'Alfonso Cuaron et il a fallu de la constance pour trouver une séance encore libre.

A l'arrivée, mon avis est mitigé.
L'histoire tient en quelques mots. Lors d'une intervention technique dans l'espace, le docteur Ryan Stone et l'astronaute Matt Kowalsky sont victimes d'une nuée de débris. La navette explose. Livrés à eux-mêmes, ils doivent trouver un moyen de rentrer sur Terre.

Je ne me prononcerai pas sur le réalisme scientifique du film, n'étant pas une experte et d'autres sont plus légitimes en la matière. Voir notamment cet article de la Libre.be.

Les points positifs tout d'abord : le film est sublime, avec l'aide de la 3D le spectateur est réellement immergé dans l'espace. Les repères sont perdus, encore davantage lorsque la caméra adopte un point de vue subjectif. En bref, on s'y croit. Si l'on ajoute à cela l'efficacité du scénario (comment survivre avant le retour des débris), on ne voit pas le temps passer et le divertissement tient ses promesses.

Sauf que...il ne faut justement rien attendre d'autre de ce film qu'un excellent divertissement. Et parions que le passage sur petit écran lui fera perdre de son intérêt.
Tous les poncifs du film catastrophe américain sont enchaînés, encore plus rapidement que les déchets tueurs qui menacent Sandra Bullock ! Dans l'ordre (attention spoilers, quoique...) : l'astronaute qui clame que c'est sa dernière mission (malheureux, c'est à ce moment-là que le pire arrive ! ), la mort expédiée de personnages au moins tertiaires, la blessure intérieure de l'héroïne qu'il lui faudra vaincre, le machisme de son compagnon d'infortune, le sacrifice pour que l'héroïne vive, la chance incroyable qu'elle connaît dans son malheur et les ressources insoupçonnées qu'elle déploie in extremis, la morale (se surpasser et faire preuve de courage) et les métaphores bien lourdes, et ce n'est pas un jeu de mots. 
Et n'oublions pas la traditionnelle critique anti-russe, héritage de l'ère soviétique, dès qu'il s'agit de parler d'espace. Car si la catastrophe survient et balaie toutes les navettes américaines et chinoises, c'est à cause d'un missile russe !


Certes l'héroïne peut être touchante, en mère endeuillée, certes on comprend que tout cela ramène à la renaissance de la femme et à la maternité. Voir à ce propos, l'article de Rue 89 en date du 30 octobre 2013. Mais les variations autour de ces thèmes sont amenées avec tant d'emphase et si peu de subtilité que cela empêche le film de s'élever au-delà de la prouesse technique. On pourra ainsi s'amuser à relever toutes les occurences d'images foetales, de cordon ombilical, d'eau et de ventre maternels.
Dans le genre film catastrophe exprimant en filigrane un message, j'avais préféré Melancholia de Lars Von Trier.

A voir tout de même, mais impérativement au cinéma !

Un film d'Alfonso Cuaron, avec Sandra Bullock et George Clooney.
Sortie : 23 octobre 2013




lundi 30 septembre 2013

Un Thé au Sahara

1947, un couple d'Américains nantis, Kit et Port Moresby, débarque en Afrique, dans le but de traverser le Sahara. A l'évidence ils s'aiment mais ne se supportent plus au quotidien.
Un jeune mondain, Tunner s'est incrusté dans le couple lors des prémices de ce périple. Tandis que Port passe ses nuits en bonne compagnie, le jeune homme tombe amoureux de Kit. Ces trois personnages côtoient une vieille Anglaise excentrique et son fils, qui feront une partie du périple avec eux.

Le film est construit en trois temps, au fur et à mesure que les voyageurs s'enfoncent dans les régions les plus méconnues des touristes et les plus inhospitalières du Sahara.
D'un trio, on passe à un duo, Port trouvant le moyen d'évincer Tunner, qu'il croit amant de sa femme. Il tombe malade de la typhoïde. Après avoir assisté à son agonie, Kit part seule dans le désert. Un chef bédouin s'éprend d'elle, rencontre qui donne lieu à des scènes très sensuelles, en rupture avec la difficile relation conjugale des Moresby.


Bedouin camp in the Sahara. De : jonl1973.  Source : flickr. CC : BY-SA


Tout au long du film, l'Afrique est représentée comme magnifique et inquiétante, mais également réaliste et sordide : maladies, misère, poussière et délabrement ne sont pas masqués.
L'ambiance se fait de plus en plus pesante, reflétant la psyché des personnages. Les Moresby apparaissent à la recherche d'eux-mêmes et en difficulté avec les autres, rarement bienveillants et aimants.

Un film de Bernardo Bertolucci (d'après le roman de Paul Bowles), avec Debra Winger, John Malkovich, Campbell Scott.
Sortie : 1990

mardi 24 septembre 2013

Salé sucré

Un festival de saveurs et un entrecroisement de cuisine et relations humaines.

Dans la Taipei moderne Monsieur Chu est un cuisinier hors pair, symbole de la tradition chinoise et enchanteur des gourmets.
Comme dans les contes, il a trois filles très différentes. Toutes ont une façon particulière d'aborder les sentiments et la famille, voire la cuisine. L'aînée, Jian-Jen, professeur de chimie, refuse l'amour tant qu'elle le peut. Depuis une déception remontant à plusieurs années, elle s'est enfermée dans la religion chrétienne et fuit les hommes. La mort de sa mère l'a érigée en seconde maîtresse de maison.
La cadette, Jian-Chien, paraît la plus indépendante. Eloignée par son père du monde culinaire qu'elle adorait, elle est devenue une business woman accomplie, entre voyages, contrats et promesse d'appartement ultra-moderne. L'amour se résume pour elle aux relations libres et au sexe. C'est pourtant elle qui montrera le sens le plus aigu de la famille et qui reviendra aux sources de tout, la cuisine.
Enfin, Jian-Ning, âgée de vingt ans, est étudiante et serveuse dans un fast-food. Elle volera le petit ami de sa collègue et tombera rapidement enceinte.
D'autres femmes interviennent régulièrement, qui sont autant de caractères marqués : une voisine discrète et sa petite fille, prise en affection par Monsieur Chu, sa mère également, qui aimerait mettre le grappin sur le cuisinier.
L'oncle Wen, ami de la famille, est l'une des rares figures masculines, exception faite des petits amis occasionnels. Sa disparition provoque questionnements existentiels et choix de vie chez les protagonistes.

Chinese food restaurant Saimendo. De midorisyu. Source : flickr. CC : BY

Ce film est éminemment sensuel. La cuisine est partout présente, dès le générique d'ouverture et la préparation minutieuse du repas dominical. On ne cesse de voir à l'écran des bouillons mijoter, des viandes se faire couper et napper, des légumes finement préparés, des thés dont on sentirait presque le parfum. Les personnages eux-mêmes commentent ces mets et leur préparation, donnant l'eau à la bouche au spectateur.
A ces plaisirs du palais répondent ceux de la chair, les relations amoureuses sont au cœur des préoccupations, pour toutes les générations. Se refuser à l'amour paraît impossible. En revanche l'île de Taïwan est entrée dans la modernité, on est bien loin des traditions chinoises ancestrales. Les relations sans lendemain sont légion, de même que l'indépendance des femmes ou les couples mixtes.
Comme en cuisine, les rapports humains doivent être faits d'équilibre et d'harmonie, de sucré et de salé, de yin et de yang.

Un film plaisant, agréable à regarder, qui met en scène des personnages tranchés et touchants.

Un film de Ang Lee, avec Sihung Lung, Chien-Lien Wu, Kuei-Mei Yang, Yu-Wen Wang, Sylvia Chang.
Sortie : 1994

mardi 4 juin 2013


La politique comme objet de consommation…
Encore un film sur l’engagement politique malgré soi et un lien avec le Chili, cette fois beaucoup plus prégnant.
Le cadre politico-historique est posé dès les premières images. En 1988, Augusto Pinochet est contraint sous la pression internationale à organiser un référendum populaire concernant son maintien au pouvoir.
Pour la première fois, les opposants au régime se voient attribuer une tribune, en apparence libre. Les partisans du « oui » et ceux du « non » bénéficient d’un espace de 15 minutes quotidiennes à la télévision.
Un jeune publicitaire aux dents longues, René Saavedra, est choisi pour mener la campagne du « non » alors même que son supérieur défend le « oui ». Bien peu impliqué dans la politique de son pays, le jeune homme est davantage habitué à promouvoir des boissons à la mode ou des fours à micro-ondes. Seules les absences et les arrestations de sa petite amie, militante anti-Pinochet, lui font toucher du doigt la dureté du régime.

René applique à sa campagne les recettes marketing qu’il utilise pour vanter n’importe quel produit et convaincre les indécis. Loin de s’attarder sur les affres de la dictature, entre tortures et disparitions, les spots reflètent esprit positif et foi en l’avenir.
On connaît déjà la fin de l’histoire, la chute de Pinochet, mais l’intérêt du film ne réside pas dans ce dénouement.



Peinture du Chili des années 80, où les pressions politiques sont légion et la liberté d’expression bâillonnée, le film se calque sur les images de l’époque, mêlant archives et tournage avec une caméra de 1983. On assiste là à l’émergence du flirt, de plus en plus prononcé, entre publicité, communication et politique : ceux qui gagnent sont ceux qui ont apprivoisé les médias et ont su s’adresser « au peuple » semble nous dire le réalisateur Pablo Larrain. L’engagement de René, hébété par la victoire finale, pose sans cesse question : croit-il réellement au message politique qu’il défend ou est-il avant tout un communicant efficace ?

No est le troisième film de Pablo Larrain. Il clôt chronologiquement sa trilogie autour de la dictature chilienne en apportant plus de réflexions que de réponses tranchées.

Un film de Pablo Larrain, avec Gael Garcia Bernal.
Sortie : 2012

Pour finir, je ne résiste pas à vous montrer un spot de 1988 utilisé pendant cette campagne contre Pinochet (on le voit aussi dans le film).

lundi 27 mai 2013

La Faute à Fidel


Ou comment comprendre l’engagement politique quand on est une petite fille des années 70…
Anna a neuf ans et une vie bourgeoise bien rangée, entre son école catholique, son père avocat et ses grands-parents gaullistes. Cet ordre immuable, elle ne souhaite pas le changer.
C’est donc un bouleversement incompréhensible pour elle quand sa tante et sa cousine réfugiées débarquent d’Espagne et transforment son existence.
Désormais, les parents d’Anna s’engagent dans le militantisme. Fernando, son père, se prend de passion pour le peuple chilien et l’élection d’Allende tandis que Marie, sa mère, s’implique dans des combats féministes. Il faut déménager, abandonner le catéchisme et supporter la présence de compagnons barbus dans le petit appartement.



Sans être révolutionnaire, le film a le mérite de nous montrer la complexité des luttes politiques et sociales à niveau d’enfant. Anna mélange tout, les barbudos communistes et Fidel Castro décriés par sa nourrice cubaine, les pauvres à qui sa grand-mère fait la charité, la guerre au Viet Nam et la dictature grecque. Seuls comptent les changements dans son quotidien. Mais peu à peu, la petite fille va aiguiser son regard critique, comprendre l’importance de l’engagement et s’éveiller à « l’esprit de groupe ».
Tiré d’un roman italien de Domitilla Calamai, la Faute à Fidel  adaptée par Julie Gavras, fille de, reflète la vie de sa cinéaste, elle-même fillette au moment de l’engagement de son père en faveur du Chili d’Allende en 1982.

Un film de Julie Gavras, avec Nina Kervel-Bey, Stefano Accorsi, Julie Depardieu.
Sortie : 2006

mardi 19 juin 2012

Poetry

Mija a 65 ans et vit dans la province coréenne du Gyeonggi. Elle élève seule son petit-fils adolescent depuis le départ de sa fille. Humble et toujours coquette, la vieille femme doit composer avec un quotidien des plus modestes. Alors que la maladie la gagne peu à peu, elle doit travailler comme femme de ménage pour un vieillard pingre et lubrique. Le tableau s'assombrit encore lorsque son petit-fils est impliqué dans le suicide sordide d'une collégienne. Mais il suffit, lui dit-on, d'étouffer l'affaire et de dédommager la famille, à elle qui possède à peine de quoi vivre. 
Comme une parenthèse dans cette vie plutôt rude, Mija suit des cours de poésie à la maison de la culture. A terme, le professeur veut voir ses élèves composer eux-mêmes un poème. Mija s'y emploie avec difficulté et insensiblement commence à observer le monde, à percevoir le sens et la beauté d'un arbre ou d'un abricot tombé à terre. Mais dans ce monde, la vie peut-elle être si simple, la pureté poétique existe-t-elle ? Le temps fane tout, les êtres se révèlent froids et cyniques. Mija se débat entre cette réalité et ses valeurs.


Poetry, malgré son sujet, s'écoule à un rythme aussi calme que le Han qui traverse la province. La tragédie affleure par touches dès la première scène, tableau bucolique des rives du fleuve perturbé par la dérive d'un corps. Et c'est la réalité crue qui s'imposera.
Émouvant portrait de cette femme, incarnée et portée Yoon Jung-Hee, un peu en décalage avec son monde, qui finit par comprendre ce que peut exprimer la poésie. Les fleurs du monde et le reste...

Un film de Lee Chang-Dong, avec Yoon Jung-hee, Kim Hira, Ahn Naesang
Sortie : 15 juillet 2010

lundi 11 juin 2012

Sept Jours à la Havane

Sur le modèle de deux précédents, à Paris et à New-York, sept réalisateurs composent un film de sept courts métrages autour d'une ville, ici la capitale cubaine.
Chacune de ces petites œuvres suit un jour de la semaine et adopte un ton différent.

  • El Yuma. A Cuba, un yuma est un étranger, surtout américain. Ici, il s'agit d'un jeune acteur de passage à Cuba. Il se plonge dans les nuits havanaises et leur milieu interlope et rencontre une ravissante jeune femme.
  • Jam session. On accompagne Emir Kusturica (dans son propre rôle). Le réalisateur venu chercher un prix à la Havane finit la soirée avec son chauffeur, sur fond de musique et de rhum.
  • La Tentacion de Cecilia. Cecilia est une chanteuse talentueuse, mais sans avenir artistique sur son île. Un impresario espagnol lui promet amour et gloire (la beauté, elle l'a déjà), si elle le suit à Madrid. Va-t-elle se laisser séduire ou rester aux côtés de son amant qui ne rêve que de fuite aux États-Unis ?
  • Diary of a beginner. Elia Suleiman, diplomate palestinien, est en mission à l'ambassade de la Havane. Perdu dans cette ville inconnue, dans un pays dont il ignore la langue et les codes, il ne peut qu'observer la vie cubaine, toujours en retrait.
  • Ritual. Une jeune fille, soupçonnée par ses parents d'avoir une relation homosexuelle, doit subir une cérémonie nocturne et muette au fin fond d'une forêt.
  • Dulce Amargo. Dans le quartier du Vedado, une famille lutte quotidiennement pour joindre les deux bouts. L'histoire se noue autour de la mère, pâtissière au noir, qui doit confectionner tant bien que mal un gâteau de commande pour le soir même. Entre les coupures d'électricité, les produits qui manquent et le départ d'amis pour l'étranger, la journée se déroule à un rythme frénétique.
  • La Fuente. Au coeur de la Habana vieja, aussi vivante que délabrée, une vieille femme rêve d'une fête dédiée à Oshun, déesse assimilée à la Vierge et symbole de la féminité. Elle impose à tout son immeuble de se mobiliser pour organiser les festivités.


Sept Jours à la Havane nous donne à voir, à entendre et à sentir presque différentes ambiances de la ville. Nous parcourons ainsi plusieurs lieux touristiques, l'inévitable Malecon, des quartiers divers depuis la 5e avenue huppée de Kohly jusqu'à la populaire Habana vieja en passant par le résidentiel Vedado. Toutes les histoires sont liées entre elles par des personnages et des situations, rendant ainsi l'ensemble plus cohérent.

Les courts métrages se présentent comme des tranches de vie, respectant toute une unité de temps (une journée ou une nuit). Elles sont à la fois vues par  le regard des étrangers, souvent peu aguerris à la réalité havanaise, voire totalement perdus : savoureux film d'Elia Suleiman, sans parole ou presque par la force des choses qui tire sa force comique du décalage entre le personnage et son environnement, se rapprochant ainsi des films muets. Mais elles sont aussi vécues et perçues par les Cubains, notamment dans les derniers courts métrages.

"Clichés" ai-je lu dans de nombreuses critiques. Cela me paraît discutable. Certes les étrangers représentés logent tous à l'hôtel Nacional ou au Riviera, s'enivrent de rhum et de mulatas au bord du Malecon un cigare à la bouche. Mais n'est-ce pas là justement une façon de montrer combien la vision extérieure sur le pays est étriquée ? De plus ces Yumas côtoient des Cubains sans toujours comprendre leur comportement et leur mentalité. Les Havanais vivent à leurs côtés, expriment leurs espoirs et leurs déceptions, doivent composer avec leur vie complexe.

La solidarité entre générations et entre voisins, le système D, les coupures d'électricité et d'eau, la prostitution plus ou moins masquée, les fêtes où l'on se libère du quotidien, le culte des orishas apparaissent toujours, clairement ou en filigrane, selon les films. Mais pour qui connaît un peu Cuba, ce ne sont pas là seulement des lieux communs, mais aussi une réalité quotidienne.

Un film enfin qui ne se mêlerait pas de politique...(d'ailleurs pourquoi un film sur Cuba devrait-il forcément se muer en pamphlet contre le régime castriste ?). Là encore, on peut émettre des réserves à cette assertion.
Sept Jours à la Havane nous montre des jeunes filles prêtes à tout pour quelques pesos, des difficultés à simplement vivre correctement. Aucune critique vraiment dans cet ingénieur qui déclare préférer faire le taxi, ce médecin qui cumule les métiers illégaux pour survivre, ces balseros désespérés, ou ce discours fleuve de Castro qui scande le film de Suleiman et devient aussi vain que ridicule ?
Tout cela n'est certes pas le sujet principal des courts métrages, mais on ne peut nier la toile politique.

Pour finir sur une note plus gaie, Sept Jours à la Havane remplira de joie les amateurs de musique cubaine. On y entend sans cesse salsa, son, reggaeton et rumba, avec même quelques incursions dans la nueva trova. A noter la présence d'Alexander Abreu (Habana D'Primera) dans l'une des histoires.

El Capitolio, La Havane

Un film de Benicio del Toro, Pablo Trapero, Julio Medem, Elia Suleiman, Gaspar Noé, Juan Carlos Tabío et Laurent Cantet. 
Sortie le 30 mai 2012.
Sept Jours à la Havane a été présenté au festival de Cannes 2012 dans la sélection Un Certain Regard.

lundi 21 mai 2012

Chercher le garçon

Le refrain est connu.
Emilie a 35 ans, elle est jeune et jolie, a un job passionnant et un charmant appartement à Marseille. Oui, mais elle est seule. Comprendre, sans petit ami.
Un soir de réveillon, la jeune femme décide de rompre cet état de fait en s'inscrivant sur le site de rencontres Meet me.
Vont alors s'enchaîner les rendez-vous plus ou moins réussis et les hommes plus ou moins fréquentables. Tout le panel de la faune errant sur Internet est représenté : les dragueurs compulsifs, les romantiques désespérés, les pervers, les timides, les arrogants... Pressée de passer in real life (dans la vie réelle) avec ses contacts virtuels, Emilie ne laisse cependant aucune chance aux "vrais" hommes qu'elle croise. Quand sa cousine lui conseille de s'en remettre au hasard, la jeune femme a une idée très personnelle de comment s'y prendre.
Ce film, d'une heure seulement, est en fait la version longue d'un court-métrage. Traitant du sujet en vogue des trentenaires englués dans leur célibat sur un ton plutôt léger et humoristique, il peine à trouver une conclusion à son propos.

Le ballet des rencontres Internet est relativement réaliste au fond et tranche avec le happy-end plus convenu. Mais sans doute fallait-il éviter que la protagoniste (et le spectateur avec elle) ne sombrât dans le désespoir de la solitude.
L'ensemble reste cependant plaisant et amusant, l'improvisation des acteurs, Sophie Cattani en tête, confère un aspect vivant aux situations. Et en toile de fond Marseille, son vieux port, son Frioul, sans oublier son célébrissime (hélas) soap.

Un film de Dorothée Sebbagh, avec Sophie Cattani
Sortie : 2 mai 2012


lundi 7 mai 2012

El Chino


Profitons de l'enthousiasme humaniste de ces dernières heures pour évoquer un joli film argentin. Il passera sans doute inaperçu faute de salles pour le distribuer.

Jun, jeune homme chinois, voit mourir sous ses yeux sa fiancée, écrasée par une vache littéralement tombée du ciel. Il se retrouve alors en Argentine, sur les traces d'un vieil oncle, désormais sa seule famille. Mais Jun ne parle pas un mot d'espagnol et se fait rapidement dérober ses quelques biens. Heureusement (?) pour lui il croise la route de Roberto, un droguiste misanthrope et maniaque.
Mais ce dernier, s'il ne peut souffrir bien longtemps la compagnie de ses semblables, est aussi un homme droit. Ne concevant pas d'abandonner le jeune étranger à son triste sort, il l'accueille dans sa boutique de Buenos Aires, lui fait une place dans sa maison et tente de retrouver sa famille (avant tout pour se débarrasser de lui, il est vrai). Il va essayer de supporter ce garçon, très gentil mais un peu encombrant, qui perturbe ses habitudes.
Jun et Roberto ne parlent pas la même langue, ont des caractères aux antipodes l'un de l'autre, Cette distance est renforcée, pour le spectateur, par le fait que les paroles de Jun ne sont jamais sous-titrées ni traduites. Comme Roberto, on ne le comprend que par bribes. Cependant les deux hommes finissent tout de même par s'entendre et par influer sur le cours de leurs existences mutuelles. Leur amitié naissante est également encouragée par la charmante Mari, voisine amoureuse de Ricardo. Il ne cesse de la repousser mais elle insiste avec raison car la carapace gagne à être percée.

El Chino brode sur un sujet rebattu au cinéma, la rencontre improbable de deux personnalités aussi éloignées que possible qui parviennent cependant à nouer des liens forts. Mais le film distille un charme qui fonctionne. Au premier abord, la comédie est charmante, entre situations cocasses, quiproquos et caractères amusants. Mais on sourit plus qu'on ne rit dans cette histoire, et El Chino aborde en fait des thèmes comme le destin, le sens de la vie ou la place des sentiments.
Un film dans lequel les avions et les vaches font et défont les couples et les familles.

Un film de Sebastian Borensztein, avec Ricardo Darin, Ignacio Huang, Muriel Santa Ana.
Sortie : 8 février 2012

samedi 17 mars 2012

Act of love

Tombée par hasard sur ce film il y a quelques temps, je n'avais malheureusement pas pu en regarder la fin. Mais assez happée par ce que j'avais vu de l'histoire et des personnages, je me suis précipitée sur le dvd vendu à vil prix sur un célèbre site. Pour que j'en vienne à acheter un tel objet, ce qui ne m'est plus arrivé depuis longtemps et en sus avec Wesley Snipes au casting, il fallait vraiment que le film m'interpelle ! Mais brisons là sur ma vie qui, certes passionnante, ne se veut pas l'objet de ce billet.

Venons-en donc au film Act of love.
L'intrigue est en apparence plutôt simple, voire attendue. Quand Franklin et Zora se rencontrent au hasard d'un déménagement à Brooklyn, c'est le coup de foudre immédiat. Leur histoire débute comme un conte de fées. Mais des grains de sable viennent peu à peu gripper cette belle harmonie. Des divergences sociales d'abord : Franklin est ouvrier, fréquemment au chômage et en proie au racisme latent ; Zora évolue, comme on le dit, dans une catégorie socio-professionnelle plus élevée, elle est professeur de musique et ses amis sont cadres. Des différences de projets de vie aussi : lui cherche surtout à payer ses factures, sa pension alimentaire, à enfin pouvoir divorcer, quand la jeune femme se rêve chanteuse à succès.
La passion, dans un premier temps, masque ces obstacles à grand renfort de promesses d'amour éternel, de "à deux on y arrivera" et de fantasme de toute-puissance. Toutefois, bien vite, la réalité reprend ses droits. L'alcool de plus en plus fréquent pour Franklin, une grossesse inattendue, l'argent qui manque sans cesse et une incompréhension grandissante minent le couple qui se voulait romantique.
Et c'est là que le film prend toute sa profondeur, dans cette analyse en finesse des rapports amoureux, réalisme et subtilité que l'on perçoit jusque dans l'évolution des relations physiques.  Certes ses qualités sont surtout dues aux personnages principaux (et acteurs, en particulier Wesley Snipes, intattendu dans ce registre intime et psychologique), les autres protagonistes étant peints de façon plus grossière : l'amie compréhensive face à la copine revêche ("je te l'avais bien dit"), la belle-famille forcément hostile etc. Mais on n'en demeure pas moins touché par les problématiques abordées. Il est d'ailleurs très dommage que ce film soit si peu connu.
L'amour, aussi fort soit-il (les sentiments de Franklin et Zora ne sont jamais remis en cause), n'est pas envisagé comme la réponse magique à tous les maux, certainement pas aux problèmes sociaux et économiques, encore moins comme un palliatif à une estime de soi en berne. Au contraire, il ne pourra s'épanouir que lorsque les personnages se seront construits eux-mêmes et auront mis au clair leurs attentes.
Peut-être faudrait-il se souvenir de cela dans la "vraie" vie.




Act of love, de  Gina Prince-Bythewood , avec Wesley Snipes et Sanaa Lathan. Sorti en 2000


dimanche 23 octobre 2011

Melancholia

Il ne faut pas aborder Melancholia en gardant en tête la sortie douteuse de son réalisateur Lars von Trier lors du dernier festival de cannes. Sortie dont certains pensent qu'elle lui a coûté la Palme d'or.
Pour ma part, je ne connais la filmographie de Lars von Trier que de loin et mon objectif n'est donc pas de présenter une analyse de Melancholia dans la vie et l'œuvre de son auteur.
Pictural et musical, ce sont assurément les adjectifs qui viennent à l'esprit dès les premières minutes du film. Enchaînement de tableaux animés à la photographie aussi sublime qu'angoissante, références empruntées aux préraphaélites et au symbolisme : mariée dérivant à la manière de l'Ophelia de Millais, puis se débatant dans des entraves, mère paniquée s'enfonçant dans la terre d'un green, vue nocturne éclairée par trois astres dont le plus impressionnant finira par pulvériser la Terre...
Après cette ouverture, portée par la musique wagnérienne de l'opéra Tristan und Isolde (thème leitmotiv du film), Lars von Trier nous livre un diptyque. Les deux parties, d'égale longueur, portent le nom des deux sœurs du film, Justine et Claire, opposées et complémentaires, blonde et brune, irrationnelle et cartésienne, qui s'aiment et se haïssent tout à la fois.
Le premier volet du diptyque rompt radicalement avec l'esthétisme du prologue. On bascule tout à coup dans le réalisme voire la légèreté, caméra à l'épaule : c'est le mariage de Justine et la limousine des jeunes époux ne peut accéder au lieu de la réception, le manoir de Claire, à cause d'un sentier étriqué. S'ensuit un huis-clos familial, digne des comédies de mœurs : mère hostile au mariage, père fantasque et immature, beau-frère grippe-sou, patron envahissant... le tout dans une propriété imposante, hors du monde et du quotidien.
Cependant, le malaise instillé par l'ouverture du film se répand peu à peu dans ce drame familial pourtant d'abord bien différent.
L'opposition entre les sœurs se fait jour. Alors que Justine sombre au fil de la soirée dans une dépression qu'elle semble déjà connaître, refuse les conventions, s'échappe mentalement puis physiquement de la noce, Claire, l'organisatrice rationnelle, campe sur la bienséance, se montre aussi forte qu'assurée. A l'aube Justine a tout perdu, époux, emploi, famille, à l'exception de sa sœur.
A cette déliquescence sociale et mentale s'ajoutent des détails troublants : les "fils laineux" décrits par Justine pour évoquer son mal-être, une mystérieuse étoile, une mariée qui se laisse métaphoriquement couler. Autant d'indices figurant dans le prologue qui donnent à penser que cette ouverture magistrale était avant tout le sommaire de l'œuvre. L'issue fatale semble se profiler, inéluctablement.

  © Les Films du Losange
La seconde partie adopte un autre ton. Les invités sont partis, le manoir n'est plus habité que par Claire, son compagnon et son fils ainsi que par Justine. La dépression a envahi la jeune femme, prostrée et incapable même de se nourrir. Dans ce cadre familial restreint, le cataclysme se prépare.
La fin du monde n'a ici rien à voir avec une production hollywoodienne. Nulle scène de foule paniquée ou de monument détruit, nul discours des autorités exhortant à la prière (grand classique du genre), nulle vue cosmique avec force effets spéciaux suivant le parcours de l'astre Melancholia vers la Terre, tableau réservé à l'ouverture. Tout se déroule à huis-clos et l'on oscille entre les réactions des personnages : science rassurante, crainte, résignation.
Le rapport de force entre les sœurs s'inverse alors. Claire a tout à perdre, son futur et son enfant, elle s'enfonce dans la peur de mourir. Justine au contraire a fini de sombrer. Persuadée que "la vie sur Terre est mauvaise", elle ne craint aucunement l'apocalypse et paraît même désirer l'arrivée de cette planète Melancholia qui, jusque dans son nom, incarne sa tristesse et sa volonté de destruction. C'est elle qui saura comment rassurer son neveu et diriger sa sœur à l'ultime moment.
Entre ces deux portraits de femmes, magnifiquement interprétées par Kirsten Dunst et Charlotte Gainsbourg, l'enfant de Claire, fils et neveu, plus clairvoyant que les adultes. N'est-ce pas lui qui, dès la réception calamiteuse de Justine, sait qu'il doit se raccrocher non pas à sa mère ni à son père, mais à sa tante "steelbreaker" ("capable de rompre l'acier") ?
Melancholia est un film étrange, esthétique et inquiétant, riche de plusieurs niveaux de sens et de multiples références. Film qui pose de nombreuses questions sans jamais y répondre : est-on dans le fantastique ou la métaphore pure, que signifie ce 19e trou sur le parcours de golf, pourquoi le domaine de Claire devient-il soudain infranchissable ? Film sur l'apocalypse peut-être, mais surtout sur la manière d'être au monde et aux autres. Enfin, film qui sonne et laisse le spectateur KO dans les premières minutes, silencieuses, du générique de fin.

Un film de Lars von Trier avec Kirsten Dunst, Charlotte Gainsboutg, Kiefer Sutherland, John Hurt, Charlotte Rampling


Sortie : 10 août 2011

mardi 11 octobre 2011

Chico et Rita

La Havane des années 2000, le vieux Chico, cireur de chaussures pour touristes, survit dans les quartiers du centre minés par le délabrement et le quotidien difficile. Seule l'écoute d'anciennes mélodies de jazz sur son poste de radio antédiluvien lui redonne le sourire et il se souvient.

La Havane à la fin des années quarante, à l'époque où Cuba est encore le bordel des Etats-Unis, où les hôtels de la mafia côtoient les boutiques Rolex et Chevrolet dans les rues de l'île. L'époque aussi où la discrimination et le racisme s'affichent.

Chico est un jeune pianiste de jazz qui rêve d'une carrière américaine, espoir que tente de réaliser son acolyte Ramon. Quand Chico rencontre Rita, chanteuse métisse aussi sensuelle que l'était Jessica Rabbit (car on parle d'animation), c'est le coup de foudre dans la plus pure tradition hollywoodienne. Mais si la passion, musicale et amoureuse, est immédiate, leur relation sera faite de déchirements. Lassée des infidélités de son amant, Rita part pour les Etats-Unis et parvient rapidement au faîte de la gloire. Entre New-York, Paris, Hollywood et la Havane désormais gouvernée par le Che et Castro, Chico la suit, la retrouve, la perd de nouveau.

Chico et Rita est un film d'animation "pour adultes", comprenez par là qu'on y voit des scènes très sensuelles, d'intimité et de danse. La technique de dessin, artisanale, rend merveilleusement compte de ces mouvements. Les décors et les atmosphères également sont criants de vérité, les réalisateurs ayant travaillé à partir de photographies d'époque.

L'histoire tout entière est portée par la musique, afro-cubaine d'abord (quel bonheur de voir chanter et danser un guaguanco) mais surtout jazz. Le film est d'ailleurs librement inspiré de la vie du musicien Bebo Valdes (qui signe aussi la BO). Enfin le film rend hommage brillamment aux codes cinématographiques hollywoodiens, tant dans le dessin que dans les personnages et les références. Mais il reste néanmoins aussi cubain que ses personnages, capables d'abandonner une réception mondaine pour déguster les fameux frijoles dans une arrière-cuisine.

Chico et Rita a été primé au festival d'animation d'Annecy 2011. Le story-board existe également sous forme de bande dessinée, chez Denöel Graphic.

Cantante en la Habana vieja. Photo : Sam Kelly. CC : BY-NC-ND. Source : flickr
Film d'animation réalisé en 2010 par Fernando Trueba, Javier Mariscal, Tono Errando

samedi 1 octobre 2011

Medianeras

Buenos Aires, une mégalopole comme il en existe partout dans le monde aujourd’hui. Avec son lot de névroses, de communication (faussement) simplifiée par les médias et réseaux sociaux, d’inconnus qui se croisent sans cesse et qui se complèteraient si bien, s’ils voulaient bien sortir un peu de leur tchat et de leurs sites de rencontre si vains. Les medianeras incarnent parfaitement l’architecture urbaine sans âme : ce sont les murs mitoyens et aveugles des immeubles derrière lesquels vivent retranchés, souvent dans de minuscules appartements, les citadins esseulés. Studios totalement désordonnés qui reflètent la confusion des êtres.
Chercher l’âme sœur dans un tel contexte revient à se replonger dans un “Où est Charlie ?” (“Donde esta Wally ?” en Argentine), livre préféré de Mariana, l’une des protagonistes du film. Elle est architecte au chômage, et aménage des vitrines de magasins en attendant. Un peu perdue et phobique, elle sort d’une relation de quatre ans dont elle a su très vite qu’elle ne lui convenait pas. Dans l’immeuble d’en face, séparé d’elle par ces fameuses medianeras vit Martin (et sosie d’Alexandre Astier), hypocondriaque, agoraphobe et web-designer.
Evidemment, comme dans toute comédie romantique, le spectateur sait comment l’histoire va finir. Mais le ton du film, à la fois léger, grinçant et ironique, l’espace urbain mis en scène et les jolies trouvailles narratives et visuelles du réalisateur Gustavo Taretto permettent de s’attacher et de s’identifier très vite aux personnages (certes, surtout quand on a le même âge, les mêmes déboires, voire des ex avec les mêmes prénoms). On n’assistera pas aux traditionnels rencontre, rendez-vous manqués, rupture et réconciliation des comédies romantiques. On suit au contraire Mariana et Martin en parallèle jusqu’à ce que…


Un film de Gustavo Taretto, avec Pilar Lopez de Avala, Inés Efron, Javier Drolas.
Sortie : 1 juin 2011

vendredi 30 septembre 2011

Amorosa soledad

Soledad est une jeune femme argentine, de Buenos Aires, qui n’a pourtant rien à envier à Woody Allen. Un peu névrosée et hypocondriaque, elle se laisse aisément submerger par tout imprévu du quotidien : des toilettes bouchées, une porte claquée et c’est son univers qui s’effondre.
Dans ce sens, le nom de la boutique d’artisanat/déco dans laquelle elle travaille, la esperanza, sonne comme une ironie tragique, car c’est bien l’espoir qui semble lui faire défaut.
Le jour où elle rompt avec Nicolas, musicien bohême et peu versé dans la vie de couple rangée, Soledad décide de faire honneur à son prénom. Les trois ans à venir (au moins), elle fuira tout contact masculin. Evidemment rien ne se passe comme prévu et il ne lui faut que quelques jours pour rencontrer l’antithèse parfaite de son ex (à ceci près qu’il s’appelle Nicolas) et commencer à sortir avec lui.
Amorosa Soledad est bien une comédie romantique, naïve et drôle, avec son lot de doutes, de fuites, de retrouvailles (et de meilleur ami gay aussi). Mais à nos yeux et oreilles européens, elle distille un charme particulier, loin des standards du cinéma anglo-saxon. Ajoutons à cela le charmant chuintement de Buenos Aires et tous ses chamados (llamados) réclamés, impromptus ou attendus, Soledad passant sa vie au téléphone. La prestation de l’actrice Ines Efron, actrice à l’allure juvénile et lunaire, y est également pour beaucoup.
Comédie légère certes, mais qui vise juste aussi parfois. Le sentiment d’inadéquation à soi et aux autres que ressent la jeune femme affleure de façon de presque douloureuse, et non plus gentiment amusante, quand Soledad s’effondre devant son petit ami en lui confiant qu’en aimant, elle a surtout le sentiment de se perdre elle-même.

Un film de Martin Carranza et Victoria Galardi, avec Inés Efron