En Egypte, passés 25 ans (ou 20,
30 selon les régions, mais certainement pas plus de 35 !), et qu’on est
une femme célibataire, on devient une « vieille fille ». Et cela
même si on sort d’études longues et qu’on occupe un poste à responsabilités.
Dès lors l’obsession de la
famille entière, voire du quartier, est
de marier la jeune esseulée.
La narratrice, Bride (fiancée en anglais), nous fait toucher
du doigt cette réalité avec humour. Dans la
Ronde des prétendants, roman au style
vif et au ton enlevé, Ghada Abdel Aal transpose son blog devenu le plus célèbre
du genre en langue arabe.
| Dressed up, de Evelyn Hill. Source : flickr. CC : BY 2.0 |
Devant des parents désespérés de
la caser enfin, les « prétendants » se succèdent selon des règles
définies : le rendez-vous, les présents, les questions à aborder. Tous
sont plus ridicules et mufles les uns que les autres. Sans cette pression
sociale, on doute qu’une femme universitaire à l’ironie aussi cinglante ait pu
se retourner sur eux.
Oui mais nous sommes en Egypte. L’incitation
à se mettre en couple, également présente dans nos sociétés occidentales, prend
alors une autre tournure.
Dans un pays en pleine mutation
sociale, les hommes continuent d’être minoritaires (l’on fait des enfants jusqu’à
avoir un héritier mâle) et les traditions ont la vie dure. Pourtant, les femmes
travaillent, pourraient être indépendantes et ce n’est plus forcément la
question religieuse qui entre en ligne de compte. Mais l’éducation et l’idéologie
machiste perdurent. Une femme continue d’attendre d’être mariée pour voyager ou
avoir des enfants. Quant à flirter avec tout un chacun, il ne faut pas même y
songer lorsqu’on est une jeune fille respectable. Tous ces éléments nous sont expliqués
dans de brefs chapitres, intercalés entre les rendez-vous « galants ».
Bride a pourtant des aspirations
modernes, entrées dans les normes sous nos latitudes mais féministes dans l’Egypte
actuelle. Elle se rêve en compagne égale d’un homme, qui serait son partenaire
de vie et d’idées. Elle ne fantasme pas sur un souffre-douleur ou un tyran
domestique. Pourtant elle sait qu’elle doit se plier aux coutumes du mariage
arrangé et de la chasse au fiancé, véritables phénomènes sociaux en son pays.
Comme elle, on hésite souvent
entre céder au défaitisme devant le défilé de ces caractères masculins ou
prendre le parti d’en rire. Et comme elle, on capitule devant son humour à toute
épreuve.
La Ronde des prétendants de Ghada Abdel Aal, Editions de l’Aube,
2012