vendredi 16 août 2013

Les Evaporés, Thomas B. Reverdy

Au Japon, les johatsu sont ceux qui du jour au lendemain fuient leur vie, quittent tout. La police n'enquête pas, car il n'y a pas de crime, et la famille déshonorée n'ébruite pas la disparition. Ce phénomène serait né à l'époque Edo. Endettés et criminels en cavale se réfugiaient dans les sources chaudes du Mont Fuji, d'où leur nom d'"évaporés". La crise des années 1990 puis celle qui succéda à Fukushima en 2011 engendrèrent pareilles fuites.
Kaze est l'un de ces évaporés. Ayant percé au jour un scandale boursier, il n'a d'autre choix que celui de disparaître dans les bas fonds de Tokyo, le quartier des travailleurs pauvres et sans nom, San'ya.
Sa femme et sa fille, Yukiko le recherchent cependant, avec l'aide de Richard B., un détective américain épris de la jeune femme.

Ce roman se lit rapidement. D'un style plutôt sec et factuel dans les premières pages, accru par la brièveté des chapitres, il gagne en épaisseur au fil de la lecture. On épouse successivement le point de vue de chaque protagoniste : Kaze l'évaporé, Akainu l'orphelin victime du tsunami, Yukiko l'émigrée étrangère en son pays et l'Américain lost in translation.

A travers eux et la multitude de personnages secondaires, on découvre une peinture méconnue du Japon contemporain, univers difficilement compréhensible pour un oeil occidental. Les tenants et les aboutissants politico-financiers de l'après-Fukushima sont également dénoncés : main mise de la mafia sur les places boursières (avec la bénédiction des Etats-Unis), politiques cachant la réalité de la catastrophe nucléaire, travailleurs-esclaves sacrifiés, crise perdurant depuis 20 ans et encore renforcée.

Japon 2010. De : _Higher_. CC : BY. Source : flickr
Dans cette société à la fois policée et corrompue, les trajectoires personnelles s'entrecroisent entre amours impossibles et familles déchirées. L'évocation des sentiments est ténue et passe souvent par la description des paysages ravagés, vestiges de la vie d'avant, ou par des rêves nostalgiques. 

Un roman japonais mais vu par des yeux occidentaux.

Les Evaporés, de Thomas B. Reverdy, Flammarion, 2013

J'ai reçu de l'éditeur, lu et commenté ce livre via l'opération Masse critique du site Babelio.Babelio 
Babelio

vendredi 28 juin 2013

All my darling daughters, Fumi Yoshinaga

Un manga sur lequel je suis tombée par hasard dans ma bibliothèque.

Le trait, plutôt doux, m'a attirée ainsi qu'un rapide coup d'oeil au résumé : les relations entre une mère et sa fille adulte.

Il n'y a pas vraiment d'histoire suivie dans ce manga, mais des situations, des saynètes. Avec comme fil conducteur les deux personnages cités plus haut. Yukiko est une jeune femme de trente ans. Elle vit chez sa mère Marie avec laquelle elle entretient une relation fusionnelle. Mais à 50 ans, Marie réchappe d'une grave maladie et décide de vivre pleinement, ce qui se manifeste par une union soudaine avec un jeune homme.
Ne comprenant pas cette situation, Yukiko quitte la maison et se marie elle-même avec un collègue.

Mother statue, Senjo-ji. Photo : Sberla. Source : Flickr. CC : BY 2.0
Voilà pour le point de départ. Autour de ces personnages gravitent des membres de la famille et des amis. Chaque chapitre raconte leur histoire, leur rapport à la vie et à l'amour. On s'y perd un peu parfois, les ellipses temporelles étant fréquentes, mais l'on finit par saisir les liens entre les histoires et par là même entre les personnages.

Une agréable lecture doublée d'un regard souvent juste sur les relations mère/fille, la dissonance entre l'image complexée que l'on a de soi et ce que l'on projette chez les autres et la nécessité de se construire hors des normes.

All my darling daughters de Fumi Yoshinaga, Casterman, 2003

jeudi 20 juin 2013

La Cartographie des nuages, David Mitchell

En 600 pages, six histoires se déroulant sur plusieurs siècles se succèdent. Chacune pourrait être lue indépendamment des autres, tant l'auteur manie à la perfection les différents styles littéraires. Les intrigues, les personnages ont une valeur en eux-mêmes.
Cependant ce sont les échos entre elles qui révèlent le message philosophique du livre. La construction peut dérouter mais semble moins complexe que celle de l'adaptation cinématographique (que je n'ai pas encore vue) : cinq histoires sont scindées en deux, les premières parties se suivant dans un ordre chronologique. Au sommet du livre, l'histoire centrale est narrée dans son entier, puis les secondes parties des autres épisodes se succèdent de nouveau, cette fois dans un ordre antéchronologique. Cette construction en miroir permet de tisser des liens, explicites ou ténus, entre les protagonistes et leurs destinées.

Les histoires
1. Journal de la traversée du Pacifique d'Adam Ewing
Au XIXe siècle nous suivons les aventures néozélandaises et le voyage maritime d'Adam Ewing, homme de loi américain. Ce dernier, sous la coupe du douteux Dr Goose, voit croître son hypocondrie. Sur les îles Chatham, il apprend comment le pays a été colonisé, d'abord par les Maoris, peuple ayant décimé les pacifiques Morioris, puis par les Européens. Ewing se trouve obligé de protéger un esclave indigène, descendant des Morioris.
Le style soutenu reflète l'élocution d'un homme bourgeois de l'époque. Nous sommes en présence d'un journal de bord proche du roman d'aventures.

2. Lettres de Zedelghem
Dans les années 1930, un jeune Anglais arriviste, Robert Frobisher, s'introduit auprès d'un compositeur sur le déclin. Adopté par le vieil homme, il retranscrit sa musique. En même temps, il séduit son épouse et le dépouille de ses biens. Mais il se trouvera lui-même pris sous la coupe de son hôte. Frobisher raconte tout cela à son ami et amant Rufus Sixsmith. L'auteur suit ici la forme du roman épistolaire.

3. Demi-vies, la première enquête de Luisa Rey
Dans la Californie des années 70, une journaliste tente de mettre au jour un scandale industriel et financier autour d'une centrale nucléaire. Fait d'espionnage, de dossiers secrets, de meurtres sordides et de poursuites haletantes, cet épisode nerveux est construit comme un thriller.

4. L'épouvantable calvaire de Timothy Cavendish
Nous sommes de nouveau en Angleterre, à l'aube du XXIe siècle. Timothy Cavendish est un éditeur vieillissant. Il parvient à s'enrichir sur un fait-divers glauque, le meurtre commis par l'un de ses auteurs. Bientôt poursuivi par les frères de ce dernier, Cavendish se retrouve contre son gré enfermé dans une maison de retraite. Tout cela est narré par le personnage principal avec beaucoup d'ironie et d'humour noir.

5. L'oraison de Sonmi-451
Dans un futur relativement proche, le monde est devenu une dystopie dans laquelle l'argent et les gènes purs sont rois, dans laquelle Orwell et Huxley (et sans doute Bradbury également, bien que la référence n'apparaisse que dans le nom du personnage) sont des auteurs "utopistes".
La Corée domine la planète et son "Juche" impose une loi implacable. La consommation contrôle les humains, les objets ne sont plus nommés que par des marques.
Sonmi-451 est une clone destinée, comme tous ses frères, à une fonction précise (en l'occurence serveuse). Mais douée d'une conscience et d'une culture hors du commun, elle devient un objet d'étude pour étudiants frivoles avant d'être prise en main par l'Union, groupe terroriste. Sonmi se prend à souhaiter un bouleversement de l'ordre établi mais sera arrêtée dans un final particulièrement cynique.
Son ultime oraison est recueillie par un archiviste, historien du régime.
Nous sommes ici dans un univers de science-fiction et anticipation, empruntant aux auteurs cités plus haut mais aussi à des références plus récentes comme Matrix.

6. La croisée d'Sloosha et tout c'qu'a suivi
Après la Chute des civilisations, dans un futur apocalyptique, l'humanité est revenue au stade de la Préhistoire. Zachry vit à Hawaii avec sa famille, dans un monde de superstitions et de lutte contre les tribus voisines. Un jour, accoste sur l'île un navire de Prescients, seule communauté à garder en mémoire quelques infimes traces du passé. Une femme, Méronyme, se propose de rester six mois dans le village de Zachry dans un but ethnologique, beaucoup plus tragique en réalité.

Imprisoned clouds. Photo : Polandeze. Source : Flickr. CC : BY 2.0

Les liens entre ces épisodes et ces personnages

Des fils explicites apparaissent entre les histoires. Ainsi, l'on retrouve des personnages de l'une à l'autre et à travers les époques, les héros connaissent l'un des épisodes narrés plus haut : Frobisher se passionne pour le manuscrit d'Ewing, son ami Rufus est un physicien qui oeuvrera aux côtés de Luisa Rey, l'histoire de la jeune femme fait l'objet d'un roman lu par Cavendish et ce dernier est le héros d'un film vu par Sonmi. Enfin, la clone devient la déesse des humains retournés à la sauvagerie primitive.
On assiste là à une mise en abyme, de livres (ou films) dans le livre, structure reprenant celle de la matriochka, plusieurs fois mentionnée dans le roman.

D'autres éléments reviennent peu à peu tout au long du roman et tissent la trame commune de ces histoires. 
La Cartographie des nuages est d'abord un morceau à six voix, un sextuor, composé par Frobisher. Luisa Rey  l'écoutera. L'expression même de "cartographie des nuages" revient dans la bouche de certains personnages, comme une réflexion sur la vie et les âmes.
De plus, nombre de situations se répètent comme des phrases musicales : traversée de villes par les personnages et prise de conscience de l'environnement, rapports entretenus avec le même type de caractères (médecin malveillant, famille absente, prêtre ou gourou d'une communauté) etc. L'intérêt du roman tient aussi en la découverte de ces répétitions.

Si les époques sont différentes, en apparence, les unes des autres, l'espace est en revanche le même : les côtes du Pacifique reviennent fréquemment (Nouvelle-Zélande, Californie, Asie) ainsi que l'île d'Hawaii tout comme la vieille Europe et un autre espace insulaire, l'Angleterre.

Enfin, une mystérieuse tache de naissance en forme de comète orne le cou des personnages à travers les siècles, incitant à s'interroger sur les liens entre eux.

L'interprétation métaphysique de la réincarnation des âmes se fait jour peu à peu, elle est explicitée dans l'épisode centrale, Zachry y croyant fermement : "les âmes traversent les âges comme les nuages traversent les ciels, pis leur forme, leur couleur et leur taille ont beau changer, ça reste des nuages, et c'est pareil pour les âmes" (p. 404)
Toutes ces répétitions, la solitude de ces personnages luttant contre un ordre, le sextuor de Frobisher et les nombreuses impressions de déjà-vu ou les pressentiments tendent à aller dans ce sens.
Le roman mettrait en scène toujours le même protagoniste. Le film ferait apparemment davantage de liens, mettant en scène ces réincarnations pour l'ensemble des personnages, pas seulement les héros, notamment en attribuant plusieurs rôles à un même acteur. Cela est moins clair dans le roman, même si quelques indices tendent à prouver que ce sont les mêmes âmes qui se côtoient au fil des siècles.

La Cartographie des nuages est une véritable réflexion sur l'humanité, sa nature et son devenir. Le dernier épisode est très didactique à ce sujet, un peu trop peut-être.
Il apparaît que l'Homme vise en permanence à assouvir sa soif de domination, à asservir dans la destruction et la violence. Comme un leitmotiv, ces relations reviennent : Européens et indigènes, Maoris et Morioris, hommes et femmes, sang-purs et clones, continents entre eux, ethnies entre elles, vieux et jeunes. Des renversements s'opèrent parfois : ainsi l'Asie prendra le pouvoir face à des Américains boat-people et les Prescients du futur sont noirs. Mais sans cesse les plus faibles sont renversés, au nom de doctrines racistes, d'un pseudo ordre naturel ou d'intérêts politico-financiers. David Mitchell reprend des éléments historiques (colonies, guerres mondiales, Guerre Froide), parfois de façon cryptée, comme la mise à mort industrielle des clones destinés à devenir du savon, référence évidente aux camps de concentration.
Les relations personnelles sont la plupart du temps également corrompues et soumises à l'intérêt égoïste de chacun.
L'environnement, l'animal sont eux aussi victimes de l'Homme.

La vérité ne semble pas exister face aux croyances et aux dogmes construits, réinventés pour être imposés. Si la lutte peut émaner de consciences individuelles (incarnées par les six personnages), elle paraît vouée à l'échec tant le pouvoir, l'esclavage et la manipulation des masses prévalent. L'Histoire passée n'est qu'une interprétation a posteriori, le futur une projection.
L'humanité ne court pas à sa perte nous dit l'auteur, car elle y est déjà, elle s'y est toujours complu, à cause de sa nature.


La Cartographie des nuages, David Mitchell, 2007, Editions de l'Olivier (traduit par Manuel Berri). Edition originale : Cloud Atlas, 2004

mardi 11 juin 2013

Lolita, Vladimir Nabokov


Le récent visionnage de l’adaptation cinématographique de 1997 par Adrian Lyne m’a donné envie de me plonger dans ce célébrissime roman. Je l’ai lu dans sa traduction de 2001 chez Gallimard.

L’ouvrage a été écrit en anglais mais, censuré, il est d’abord paru en 1955 en France avant de connaître également le succès dans l’Amérique puritaine des années 1950.

L’histoire tout d’abord. Le roman, massif, s’ouvre sur un avant-propos. On apprend que le narrateur, Edgar H. Humbert, est en prison pour meurtre. Il succombera à une crise cardiaque avant son procès et son manuscrit sera publié par un ami. La fin du roman laisse entendre que s'ajoute à cette mort celle de la Lolita éponyme, dont le décès est une condition à la diffusion du manuscrit.

La longue confession de Humbert s’étend sur deux parties distinctes, colonne vertébrale des relations entre le narrateur et Lolita.
Humbert se présente comme un homme de quarante ans, marqué par son amour de jeunesse. Annabel, qu’il adora durant l’été de ses treize ans, mourut à l’apogée de leur amour adolescent. Depuis, seules les nymphettes, jeunes filles entre 9 et 14 ans, savent éveiller les émotions sensuelles  chez l’homme mûr qu’il est devenu.
Parfaitement conscient de l’anormalité de ce penchant pédophile, Humbert hésite constamment entre l’explication historique (après tout, chez les Romains, on aimait les enfants), moquant la psychanalyse à l’occasion, et l’horreur qu’il a de lui-même. Ainsi, il veille à se tenir à l’écart de ces fillettes, trouvant dans les amours tarifées un dérivatif ponctuel. Brièvement marié et aussi vite divorcé, Humbert part pour les Etats-Unis. Après quelques péripéties, il s’installe chez Charlotte Haze et tombe sous le charme de sa fille Dolores, ou Dolly, Lo, Lolita, âgée de 12 ans. Désormais, toute sa vie sera tendue vers le seul but de posséder la jeune fille même s’il doit pour cela épouser la mère ou emmener sa fille d’adoption dans des road-trips sans fin.




Remarquablement écrit, pourvu de nombreuses références littéraires intertextuelles, le roman adopte le point de vue exclusif d’Humbert, Européen cultivé, bien élevé et quelque peu conservateur.

On oscille entre le mal-être suscité par son attirance pour les jeunes filles, encore accru lorsque l’inceste est consommé avec Lolita, et l’idée qu’il s’agit peut-être d’un véritable amour. Cet homme mûr nous apparaît comme soumis à sa « protégée », laquelle comprend rapidement comment lui soutirer de l’argent ou des cadeaux, et en admiration devant son charme. La fin du roman, que je ne dévoilerai pas ici, tend à démontrer également que les sentiments existaient, au-delà de l’âge de Lolita. La compassion pour cet homme voisine avec le dégoût que le lecteur peut éprouver.

De plus, nous ne savons rien des pensées et des impressions de la jeune fille, si ce n’est son caractère difficile et parfois manipulateur, mais aussi décrit comme perturbé et inadapté aux milieux qu’elle fréquente. Humbert craindra même d’avoir dévoyé Lolita, l’empêchant de recouvrer une existence normale. Entre l’adulte pervers ou victime de sa passion et l’enfant maltraitée ou séductrice à dessein, le roman ne tranchera jamais.

Un roman riche et dérangeant, à lire, et qui m’a rappelé la maxime d’Oscar Wilde « Un livre n’est point moral ou immoral. Il est bien ou mal écrit. C’est tout. » (Le Portrait de Dorian Gray)

Lolita de Vladimir Nabokov, Gallimard, 2001. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Maurice Couturier. Edition originale : 1955

mardi 4 juin 2013


La politique comme objet de consommation…
Encore un film sur l’engagement politique malgré soi et un lien avec le Chili, cette fois beaucoup plus prégnant.
Le cadre politico-historique est posé dès les premières images. En 1988, Augusto Pinochet est contraint sous la pression internationale à organiser un référendum populaire concernant son maintien au pouvoir.
Pour la première fois, les opposants au régime se voient attribuer une tribune, en apparence libre. Les partisans du « oui » et ceux du « non » bénéficient d’un espace de 15 minutes quotidiennes à la télévision.
Un jeune publicitaire aux dents longues, René Saavedra, est choisi pour mener la campagne du « non » alors même que son supérieur défend le « oui ». Bien peu impliqué dans la politique de son pays, le jeune homme est davantage habitué à promouvoir des boissons à la mode ou des fours à micro-ondes. Seules les absences et les arrestations de sa petite amie, militante anti-Pinochet, lui font toucher du doigt la dureté du régime.

René applique à sa campagne les recettes marketing qu’il utilise pour vanter n’importe quel produit et convaincre les indécis. Loin de s’attarder sur les affres de la dictature, entre tortures et disparitions, les spots reflètent esprit positif et foi en l’avenir.
On connaît déjà la fin de l’histoire, la chute de Pinochet, mais l’intérêt du film ne réside pas dans ce dénouement.



Peinture du Chili des années 80, où les pressions politiques sont légion et la liberté d’expression bâillonnée, le film se calque sur les images de l’époque, mêlant archives et tournage avec une caméra de 1983. On assiste là à l’émergence du flirt, de plus en plus prononcé, entre publicité, communication et politique : ceux qui gagnent sont ceux qui ont apprivoisé les médias et ont su s’adresser « au peuple » semble nous dire le réalisateur Pablo Larrain. L’engagement de René, hébété par la victoire finale, pose sans cesse question : croit-il réellement au message politique qu’il défend ou est-il avant tout un communicant efficace ?

No est le troisième film de Pablo Larrain. Il clôt chronologiquement sa trilogie autour de la dictature chilienne en apportant plus de réflexions que de réponses tranchées.

Un film de Pablo Larrain, avec Gael Garcia Bernal.
Sortie : 2012

Pour finir, je ne résiste pas à vous montrer un spot de 1988 utilisé pendant cette campagne contre Pinochet (on le voit aussi dans le film).

lundi 27 mai 2013

La Faute à Fidel


Ou comment comprendre l’engagement politique quand on est une petite fille des années 70…
Anna a neuf ans et une vie bourgeoise bien rangée, entre son école catholique, son père avocat et ses grands-parents gaullistes. Cet ordre immuable, elle ne souhaite pas le changer.
C’est donc un bouleversement incompréhensible pour elle quand sa tante et sa cousine réfugiées débarquent d’Espagne et transforment son existence.
Désormais, les parents d’Anna s’engagent dans le militantisme. Fernando, son père, se prend de passion pour le peuple chilien et l’élection d’Allende tandis que Marie, sa mère, s’implique dans des combats féministes. Il faut déménager, abandonner le catéchisme et supporter la présence de compagnons barbus dans le petit appartement.



Sans être révolutionnaire, le film a le mérite de nous montrer la complexité des luttes politiques et sociales à niveau d’enfant. Anna mélange tout, les barbudos communistes et Fidel Castro décriés par sa nourrice cubaine, les pauvres à qui sa grand-mère fait la charité, la guerre au Viet Nam et la dictature grecque. Seuls comptent les changements dans son quotidien. Mais peu à peu, la petite fille va aiguiser son regard critique, comprendre l’importance de l’engagement et s’éveiller à « l’esprit de groupe ».
Tiré d’un roman italien de Domitilla Calamai, la Faute à Fidel  adaptée par Julie Gavras, fille de, reflète la vie de sa cinéaste, elle-même fillette au moment de l’engagement de son père en faveur du Chili d’Allende en 1982.

Un film de Julie Gavras, avec Nina Kervel-Bey, Stefano Accorsi, Julie Depardieu.
Sortie : 2006