lundi 5 novembre 2012
mercredi 31 octobre 2012
Expositions Van Gogh et Hiroshige, Pinacothèque de Paris
Van Gogh n'a jamais mis un orteil sur la terre japonaise, pourtant une partie de son œuvre est fortement marquée par l'art de l'estampe.
C'est ce rapprochement étonnant que propose la Pinacothèque de Paris à travers deux expositions complémentaires. L'une est consacrée à Utagawa Hiroshige, maître du mouvement ukiyo-e. L'autre place en regard des reproductions d'estampes de cet artiste avec des toiles de Van Gogh.
Commençons par l'exposition Van Gogh, rêves de Japon.
A la fin des années 1880, Van Gogh est à Paris et connaît les derniers feux de la mode japonisante. Il commence à se constituer une collection d'estampes qu'il trouve chez le marchand Bing, celles d'Hosukai ou Hiroshige. A travers cet art et plusieurs références littéraires, le peintre néerlandais élabore sa vision personnelle d'un Japon idéal.
Son départ pour le Midi de la France quelques années plus tard accroît la forte impression que lui procure, à distance, ce pays. Dans plusieurs lettres, adressées à des amis ou à son frère, Van Gogh dépeint avec enthousiasme la clarté et les couleurs du sud, proches, selon lui, de la lumière japonaise.
A la fin des années 1890, alors que le peintre est également marqué par son séjour volontaire à l'asile, il commence à utiliser des éléments picturaux japonais : perspective, cadrage à la fois intérieur et extérieur, aplats de couleur.
L'exposition présente une quarantaine de tableaux de Van Gogh, surtout des paysages, et à côté, une estampe d'Hiroshige de laquelle le peintre se serait inspiré. Si pour certaines, la ressemblance est frappante, comme ici....
...pour d'autres œuvres, la comparaison s'apparente plutôt à un jeu ludique destiné à orienter le visiteur. Evidemment Van Gogh n'a pas peint tel personnage ou tel arbre en référence à une estampe précise, mais l'influence générale est présente. La composition des paysages, la claire sérénité des peintures, les jeux de couleur et de lumière sont bien les mêmes d'un artiste à l'autre. Ce qui est mis en exergue est surtout le dialogue entre ces deux arts, ces deux cultures, Hiroshige ayant lui-même emprunté certaines techniques à l'art européen.
Au-delà de la comparaison, une exposition de Van Gogh est en elle-même un évènement et les toiles valent le détour. On pourra apprécier la touche du peintre, plus fine au fil des années, ses couches colorées aussi impressionnantes de près que de loin, quand l'image globale prend forme.
L'exposition proposée en regard s'intitule Hiroshige, l'art du voyage.
Aucune rétrospective n'avait été faite sur ce maître de l'estampe japonais en France. Au Japon, cet artiste du XIXè siècle est le représentant le plus estimé de l'ukiyo-e ("images du monde flottant"), style d'estampes d'inspiration bouddhiste, peintures des saisons, du temps et des sensations.
L'exposition, très complète, donne à voir plusieurs séries d'oeuvres d'Hiroshige, notamment ses estampes des voyages mythiques entre Edo (la Tokyo d'avant 1868) et Kyoto. La muséographie, un peu confuse au début, se déploie ensuite dans les différents niveaux de la Pinacothèque plongée dans la pénombre pour l'occasion.
Expositions temporaires du 3 octobre 2012 au 17 mars 2013, Pinacothèque de Paris
Tarifs : 17 euros pour un billet couplé, 10 euros pour un billet simple
samedi 13 octobre 2012
lundi 24 septembre 2012
Reflets dans un oeil d'homme, Nancy Huston
Si l'on décrète l'indifférence des sexes, comment faire pour penser ces plaies, sans même parler de les panser ? (p. 69)
Ironique, documenté et surtout salutaire que cet essai de la Canadienne Nancy Huston, Française d'adoption.
Elle conteste le postulat beauvoirien selon lequel "on ne naît pas femme : on le devient". Au contraire, affirme-t-elle, l'espèce humaine n'est pas qu'une construction culturelle, elle obéit aussi à la nature.
L'on est/naît bien fille ou garçon, femelle ou mâle, nos hormones diffèrent et de fait, nos comportements. Se parer, séduire sont les reliquats d'un besoin de perpétuer l'espèce. Ne remarque-t-on pas le sexe des enfants à la naissance ?
A ce titre, Nancy Huston tient les gender studies, chères aux Anglo-saxons, pour une imposture, tout comme les enseignements de biologie actuels selon lesquels genre et sexe seraient uniquement affaire de culture et de choix intime.
Bien plus, cette vision peut être dangereuse. Au sortir des atrocités de la Seconde Guerre mondiale, grandie sur le terreau de nauséabondes théories de différences naturelles infondées, nos sociétés n'ont plus osé affirmer les dissemblances entres hommes et femmes. De là, un mouvement paradoxal. Si la femme gagne son indépendance comme sujet, elle devient de plus en plus objet en ligne de mire pour les hommes, pour elle-même.
La femme est son image nous dit l'auteure. De fait, outre le féminisme, le développement des médias (notamment la photographie) a engendré ce phénomène, sources d'injonctions paradoxales. Être belle, sportive, coquette, vivre son désir sont des obligations même si cela doit provoquer essor de l'industrie esthétique, peur du vieillissement, anorexie, prostitution, viol, pornographie.
Notre société refuse les différences innées entre hommes et femmes mais ce sont pourtant elles qui sont scrutées, dédoublées dans leur image dès leur plus jeune âge.
L'auteure se refuse cependant à toute assertion péremptoire. Son analyse convoque plusieurs voix : récit crypto-autobiographique de situations vécues par une petite fille, puis adolescente et femme ; histoires de Jean Seberg, Anaïs Nin, Maryline Monroe, Nelly Arcan dans leur rapport complexe voire tragique à l'image et à la séduction ; interviews d'amis masculins ; avis de psychologues.
D'où il ressort que l'érotisme demeure bien différencié entre hommes et femmes, et ce dans beaucoup de sociétés.
Un même mouvement incite à couvrir une femme devant un regard perçu comme désirant ou à l'exhiber comme un objet publicitaire, la beauté féminine faisant tout vendre dans nos contrées.
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| Two buildings and a woman reflection. Photo : Free-secret-life. CC : BY-NC-ND. Source : flickr |
Le regard masculin est voyeur, voire violeur, depuis l'Antiquité. La référence littéraire invoquée est celle d'Actéon surprenant Diane au bain, vision qui provoque la métamorphose et la mort du jeune chasseur.
Cet épisode m'a fait songer à un travail universitaire que j'avais mené autour de l'œuvre d'Ovide. Le vocabulaire cynégétique est mêlé à celui de l'acuité visuelle comme métaphores de la sexualité masculine, de l'homme possédant un corps de femme, d'abord par son œil. Des personnages similaires à Actéon mettent en acte ce regard désirant dans une chasse/viol souvent porteuse de mort pour la vierge poursuivie.
Mais revenons à Nancy Huston. La femme est donc objet permanent du regard masculin. Parallèlement, la maternité décline dans notre imaginaire, seule différence visible entre hommes et femmes. L'image du désir prime sur celle de la maternité.
Nous autre femmes de l'Ouest sommes donc libres, égales et "frères" avec les hommes, ce qui ne nous empêche pas de vouloir être belles et d'avoir bien intériorisé de montrer notre corps au lieu de le dissimuler. (p. 293)
Analyse complexe tout en étant accessible, dérangeante parfois car mettant au jour nos tensions sociales et intimes. Quelle jeune femme contemporaine n'a pas reçu de ses parents, eux aussi modernes, une injonction du type "tu as la même valeur qu'un homme mais tu ne sortiras pas seule à cette heure" ?
Nancy Huston ne propose pas de théories, encore moins de réponses, mais interroge nos paradoxes. Non, la femme du XXIè siècle n'est pas (encore) libre et non, dans nos représentations collectives les moins avouables, elle n'a pas le statut d'un homme. Mais au lieu d'admettre cela et d'y travailler, nous le nions et, ironiquement, nous voilons la face. Egalité n'est pas identité.
Reflets dans un œil d'homme, Nancy Huston, Actes sud, 2012
dimanche 5 août 2012
jeudi 5 juillet 2012
mardi 19 juin 2012
Poetry
Mija a 65 ans et vit dans la province coréenne du Gyeonggi. Elle élève seule son petit-fils adolescent depuis le départ de sa fille. Humble et toujours coquette, la vieille femme doit composer avec un quotidien des plus modestes. Alors que la maladie la gagne peu à peu, elle doit travailler comme femme de ménage pour un vieillard pingre et lubrique. Le tableau s'assombrit encore lorsque son petit-fils est impliqué dans le suicide sordide d'une collégienne. Mais il suffit, lui dit-on, d'étouffer l'affaire et de dédommager la famille, à elle qui possède à peine de quoi vivre.
Comme une parenthèse dans cette vie plutôt rude, Mija suit des cours de poésie à la maison de la culture. A terme, le professeur veut voir ses élèves composer eux-mêmes un poème. Mija s'y emploie avec difficulté et insensiblement commence à observer le monde, à percevoir le sens et la beauté d'un arbre ou d'un abricot tombé à terre. Mais dans ce monde, la vie peut-elle être si simple, la pureté poétique existe-t-elle ? Le temps fane tout, les êtres se révèlent froids et cyniques. Mija se débat entre cette réalité et ses valeurs.
Poetry, malgré son sujet, s'écoule à un rythme aussi calme que le Han qui traverse la province. La tragédie affleure par touches dès la première scène, tableau bucolique des rives du fleuve perturbé par la dérive d'un corps. Et c'est la réalité crue qui s'imposera.
Émouvant portrait de cette femme, incarnée et portée Yoon Jung-Hee, un peu en décalage avec son monde, qui finit par comprendre ce que peut exprimer la poésie. Les fleurs du monde et le reste...
Un film de Lee Chang-Dong, avec Yoon Jung-hee, Kim Hira, Ahn Naesang
Sortie : 15 juillet 2010
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