samedi 1 mars 2014

Comme les amours, Javier Marias

El enamoramiento exprime en espagnol  le fait de tomber amoureux. Il est impossible de traduire cet ensemble d’attirance, de passion, de coup de foudre et d’envie impérieuse d’être avec l’autre qui éclot dans les premiers temps d’un amour.
Ce terme au pluriel donne son titre original au dernier roman de Javier Marias. De fait, l’œuvre traite de cet état amoureux chez plusieurs personnages.

Comme les amours (le titre français) est un roman exigeant.
L’intrigue tient en quelques lignes cependant. Maria, éditrice madrilène, a pour habitude de déjeuner chaque matin face à un couple idyllique à ses yeux. Elle ne se manifeste pas mais les observe. Un jour, l’homme disparaît. Maria apprend qu’il s’agit d’un homme d’affaires, Deverne ou Desvern, et qu’il vient d’être assassiné en pleine rue. Elle entre alors en contact avec la veuve Luisa Alday, et surtout avec le meilleur ami du mari, Javier Diaz-Varela. Ressentant un élan amoureux envers ce dernier, elle perçoit toutefois que l’intérêt de Javier se porte ailleurs.

Le roman brille surtout par l’introspection psychologique qu’il déploie, malgré son argument proche du thriller et du genre policier. Le lecteur peut se laisser noyer par les réflexions, réelles ou imaginaires, menées par les protagonistes. Maria étant l’unique narratrice, seul son point de vue, forcément partiel et partial, nous sera donné. Si l’on sait assez tôt comment s’est produite la mort de Deverne, de nombreuses zones d’ombre persistent. Le mensonge, la demi-vérité reviennent comme des thèmes majeurs.
La mort et l’amour s’entremêlent sans cesse au travers de questionnements philosophiques : jusqu’où peut-on aller par amour ? Quelle place occupent les défunts pour les vivants ? Comment et pourquoi naît le sentiment amoureux ?

Aucune réponse facile n’est apportée. Au contraire, l’auteur use d’une langue riche et de développements théoriques pour évoquer les sentiments et les détours de l’âme humaine. Les sujets sont nombreux, les points de vue et la vérité, à géométrie variable.


Art au balcon. De : spc49. CC : BY.  Source : flickr
Comme les amours, Javier Marias, traduit de l'espagnol par Anne-Marie Geninet, Gallimard, 2014 (Los Enamoramientos)

jeudi 27 février 2014

Comme les amours, Javier Marias

"Oui, nous sommes tous des succédanés des gens que nous n'avons presque jamais connus, des gens qui ne s'approchèrent pas ou qui passèrent sans s'arrêter dans la vie de ceux que nous aimons à présent, ou qui s'y arrêtèrent mais se lassèrent finalement et qui disparurent sans laisser de trace ou seulement la poussière que soulèvent leurs pieds dans la fuite, ou qui moururent causant à ceux que nous aimons une mortelle blessure, qui presque toujours finit par se refermer. Nous ne pouvons prétendre être les premiers, ou les préférés, nous sommes tout simplement ce qui est disponible, les laissés-pour-compte, les survivants, ce qui désormais reste, les soldes, et c'est sur des bases si peu nobles que s'érigent les amours les plus grandes et que se fondent les meilleures familles, nous provenons tous de là, de ce produit du hasard et du conformisme, des rejets, des timidités et des échecs d'autrui, et même dans ces conditions nous donnerions parfois n'importe quoi pour continuer auprès de celui que nous avons un jour récupéré dans un grenier ou une brocante, que par chance nous avons gagné aux cartes ou qui nous ramassa parmi les déchets ; contre toute vraisemblance, nous parvenons à nous convaincre de nos engouements hasardeux, et nombreux sont ceux qui croient voir la main du destin dans ce qui n'est autre qu'une tombola de village quand l'été agonise..."

Comme les amours, Javier Marias, traduit de l'espagnol par Anne-Marie Geninet, Gallimard, 2014, pp.140-141

samedi 22 février 2014

Sortilèges du bleu, Elisabeth Coudol


Sortilèges du bleu est un recueil de nouvelles très bref, une cinquantaine de pages à peine, mais à la fois ludique et riche. Le genre de la nouvelle en lui-même est exigeant. Il s'agit de donner vie en quelques lignes à des personnages et à une intrigue, l'auteur réussit à merveille ce pari littéraire.


Les huit nouvelles du livre sont toutes liées à la couleur bleu, de façon plus ou moins évidente. Celle-ci est tantôt un élément presque anecdotique (teinte des yeux, d'un objet), tantôt un ressort narratif. Le lecteur finit par s'amuser à déceler ce "fil  bleu" tout au long de l'oeuvre.

Sortilèges du bleu met en scène des personnages en butte à la réalité, un décalage frisant parfois la pathologie. On croise ainsi un homme épris d'un banc, un autre l'est du bleu même, un artiste aigri, un mari humilié... Ce sont toujours des hommes qui sont en proie à ces névroses. Et souvent, ils sont opposés à des femmes absentes, fuyantes voire fortes et humiliantes.

L'auteur nous fait toucher du doigt le point de bascule où la faille s'exprime, le moment de rupture avec les normes sociales et psychiques.

Bleu. De : Touvert. CC : BY. Source : flickr.
Faut-il donc voir dans l'emploi de cette couleur un jeu sur ce cliché chromatique : le bleu équivaut au masculin ? Elisabeth Coudol, qui est aussi artiste peintre, semble jouer sur les connotations liées à au bleu : l'expression anglaise "I'm blue" exprimant la tristesse est ici déclinée par de multiples formes de mélancolie. L'auteur donne aussi à voir toutes les nuances du bleu par l'écriture : bleu Klein, crudité fluo d'un marqueur, azur souvenir d'un voyage...

Ce recueil au propos parfois grave mais au style léger se caractérise par une forme de distance avec les histoires racontées. Cette impression est accrue par l'emploi d'un vocabulaire soutenu. Ainsi un certain humour peut affleurer.

Une jolie découverte permise par les éditions Dialogues et Babelio, via l'opération Masse critique.
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jeudi 6 février 2014

La Vie est belle

Voilà un film plus que connu, ayant accédé au statut de chef-d'oeuvre.
Oui, mais justement, ce n'est pas vers ce genre de films que l'on va le plus facilement. Et j'aime bien, de temps à autre, me replonger dans l'un de ces classiques.

La Vie est belle est une fable, un conte de Noël qui commence pourtant comme un cauchemar. Un homme est sur le point de se suicider. Des anges devisent dans le ciel et décident de le sauver (scène assez amusante avec les effets spéciaux de l'époque). Ils envoient donc sur Terre un ange de seconde zone, qui cherche ainsi à gagner ses ailes. Auparavant, ils font défiler la vie du désespéré devant les yeux de son futur sauveur.

Nous faisons donc connaissance avec le personnage de George Bailey, un véritable modèle d'altruisme dès sa jeunesse : il sauve son jeune frère de la noyade et son patron d'une faute professionnelle.
George n'a qu'un rêve, quitter sa bourgade de province pour étudier et voyager. Mais la mort de son père, propriétaire d'une banque venant en aide aux déshérités, l'oblige à rester sur place. Au fil des ans, il voit s'amenuiser ses espoirs d'évasion. Il fonde une famille et poursuit l'entreprise familiale, en butte à l'avidité du plus gros propriétaire de la ville. Pendant ce temps, ce sont ses amis et son frère qui partent, étudient, deviennent héros de guerre.
George ne cesse d'honorer le but de son père : offrir un toit aux plus pauvres. Il résiste à la crise mais sera finalement piégé par son ennemi. Perdant 8 000 dollars à la veille de Noël, George songe au suicide.
L'ange dépêché pour l'en dissuader lui montre alors ce qu'aurait été la vie de ses proches sans son existence. Une mention spéciale à son épouse, transformée en vieille fille nécessairement bibliothécaire...



La Vie est belle est certes un film manichéen et naïf, le bien triomphant du mal et la morale étant récompensée. Cependant il se rapproche par cela du schéma du conte et le merveilleux (notamment chrétien) affleure parfois. Des éléments réalistes sont cependant présents comme la trame historique. On voit défiler l'histoire américaine du début du XXe siècle : crise de 1929, Seconde Guerre Mondiale. A noter aussi une critique, un peu caricaturale, du capitalisme dévorant l'humain.

Au final, ce joli film, plein d'humour, délivre un message positif sur l'accomplissement de soi et l'importance de chaque être humain sur Terre : "Each man's life touches so many other lives. When he isn't around, he leaves an awful hole, doesn't he ?" déclare l'ange Clarence (La vie de chaque homme touche tant d'autres vies. Lorsqu'il n'est pas là, il laisse un terrible vide).
George n'aura pas réalisé ses rêves de jeunesse mais il aura laissé une oeuvre humaniste derrière lui.

Un film de Frank Capra, avec James Stewart, Donna Reed. Sortie : 1947

dimanche 26 janvier 2014

Le Poids du secret, Aki Shimazaki

Merveilleuse lecture que celle de ce roman en cinq actes écrit en langue française mais empreint d'une poésie toute asiatique. Son auteure est d'ailleurs elle-même entre Québec et Japon.

Il faut lire les cinq courts volumes d'un seul tenant, dans l'ordre voulu par Aki Shimazaki, pour voir se mettre en place intrigues et caractères tel un puzzle narratif.
L'histoire de cette pentalogie est construite autour de secrets pesant sur plusieurs générations d'une même famille dans le Japon du XXè siècle. Elle nous est contée selon plusieurs points de vue, au rythme des mensonges et des découvertes de chacun.

Le noeud originel, qui ouvre le premier tome Tsubaki, est la relation amoureuse et incestueuse de Yukiko et Yukio, frères et soeurs qui s'ignorent, à l'aube de la catastrophe de Nagasaki. L'on suit la liaison adultère entretenue par M.Horibe, père des deux adolescents, avec la mère de Yukio.

Les romans suivants constituent un retour en arrière, dans les premières années du siècle.
La narration adopte le point de vue de Yukio, spectateur impuissant de la tristesse maternelle, enfant illégitime puis amoureux éconduit. Ensuite c'est l'histoire de sa mère, Mariko Kanazawa née Coréenne et orpheline suite au tremblement de terre de 1923, qui est contée. Jeune fille séduite mais abandonnée à cause des convenances sociales, elle épouse le collègue de son ancien amant. Manquait une vision pour parachever le tableau, celle de l'époux de Mariko et père adoptif de Yukio. M. Takahashi, homme généreux et aimant, se révèlera lui aussi enferré dans un secret de filiation qu'il ne percera que sur le tard. Il narre l'histoire de sa famille et son amour pour Mariko et son enfant dans le tome 4.

Progressivement, nous revenons à l'époque contemporaine. Le volume 1 mettait en scène Namiko, fille de Yukiko, découvrant les secrets de sa mère à l'âge adulte via une lettre post-mortem. Le dernier volume instaure également un dialogue entre générations, entre une Mariko mourante et sa petite-fille à la veille de sa vie de femme.

Plusieurs niveaux de lecture transparaissent dans cette oeuvre. 
La trame historique japonaise est omniprésente et entre en résonance avec les affres personnels vécus par les personnages : tremblement de terre de 1923, Seconde guerre mondiale, de la politique expansionniste du Japon jusqu'aux désastres des bombes atomiques en passant par les liens avec la Russie. Ces évènements sont aussi prétextes à mettre en scène des réalités sociales : place des femmes, surtout célibataires, des enfants naturels, des étrangers, mariages arrangés, classes sociales.

Le roman trouve aussi toute sa profondeur en mettant en scène la spiritualité japonaise. Le shintoïsme, le bouddhisme et le catholicisme sont explicitement évoqués. Cependant, il m'a semblé que leur présence se manifeste surtout en filigrane. 
Ainsi la nature est un élément prépondérant de l'oeuvre. Elle fait sens dans l'économie du récit : les hirondelles, les fleurs, les coquillages et les lucioles qui donnent leurs noms aux différents volumes sont également des ressorts narratifs.
Leur rôle allégorique est plus prégnant. En effet ces éléments sont de véritables leitmotive : ils deviennent des prénoms ou des surnoms, révélant ainsi des personnalités, des scènes se répètent (la cueillette des fleurs dans une nature salvatrice, le jeu des coquillages ne pouvant s'unir parfaitement qu'une fois) créant des liens entre générations. D'une manière générale, la nature et ses éléments fondamentaux scandent les étapes du roman et l'évolution psychique des pesonnages : cours d'eau, feu des bombes, vent, campagne et forêt. L'utilisation récurrente de termes japonais met en valeur ces thèmes.
Cette spiritualité, jamais démonstrative, s'accompagne d'allusions aux âmes, qui semblent toujours réunies à travers les ans, à l'au-delà et à la réincarnation.

Tsubaki at Inogashira Park, de Akihito Fujii. Source : flickr. CC : BY-SA

Une lecture psychanalytique me paraît également intéressante.
Les théories de la psychogénéalogie sont au centre du roman, les situations se répétent : paternité impossible, subie ou choisie, enfants abandonnés, fratries séparées, jeunes filles recherchant un homme plus âgé et abandonnées, question de l'origine, amours impossibles en opposition avec les unions raisonnables voire arrangées. La prédominance des rêves comme révélateurs de la psyché des personnages est également un thème profondément psychanalytique.
Cependant, ces noeuds finissent par se résoudre au fil du temps : par le meurtre du père, par le recul analytique des dernières générations et surtout par la révélation des vérités cachées.

Toutes ces pistes m'ont permis de mieux comprendre pourquoi le Poids du secret s'attache surtout à la branche "illégitime" de la famille, celle de Yukio. Seule Yukiko, à travers son amour incestueux et son parricide, est mise en avant dans sa lignée. Peut-être est-ce aussi car la jeune femme une fois mariée a littéralement et symboliquement fui son univers familial et national : elle et son mari ont quitté le Japon, Namiko a suivi ses traces en fondant sa propre famille avec un Américain. D'ailleurs c'est en retournant sur la terre de ses ancêtres que cette dernière prendra pleinement conscience de ces fameux secrets.

Une oeuvre très riche dont je n'ai pas exploité tous les sens, faute d'une connaissance assez vaste de la culture japonaise.
Les secrets sont racontés via une écriture fluide et calme, malgré les horreurs mises en scène. Cela engendre de prime abord une impression de distance, voire de froideur, qui ne doit pas décourager. En effet, c'est peu à peu que l'oeuvre se dévoile, par le jeu des images, des répétitions, et déploie toute sa poésie.

Le Poids du secret, de Aki Shimazaki, Actes sud, 2005-2009 (Lemeac, 1999-2004)

vendredi 29 novembre 2013

La Ronde des prétendants de Ghada Abdel Aal

En Egypte, passés 25 ans (ou 20, 30 selon les régions, mais certainement pas plus de 35 !), et qu’on est une femme célibataire, on devient une « vieille fille ». Et cela même si on sort d’études longues et qu’on occupe un poste à responsabilités.
Dès lors l’obsession de la famille entière, voire  du quartier, est de marier la jeune esseulée.
La narratrice, Bride (fiancée en anglais), nous fait toucher du doigt cette réalité avec humour. Dans la Ronde des prétendants, roman au style vif et au ton enlevé, Ghada Abdel Aal transpose son blog devenu le plus célèbre du genre en langue arabe.

Dressed up, de Evelyn Hill. Source : flickr. CC :  BY 2.0
Devant des parents désespérés de la caser enfin, les « prétendants » se succèdent selon des règles définies : le rendez-vous, les présents, les questions à aborder. Tous sont plus ridicules et mufles les uns que les autres. Sans cette pression sociale, on doute qu’une femme universitaire à l’ironie aussi cinglante ait pu se retourner sur eux.

Oui mais nous sommes en Egypte. L’incitation à se mettre en couple, également présente dans nos sociétés occidentales, prend alors une autre tournure.
Dans un pays en pleine mutation sociale, les hommes continuent d’être minoritaires (l’on fait des enfants jusqu’à avoir un héritier mâle) et les traditions ont la vie dure. Pourtant, les femmes travaillent, pourraient être indépendantes et ce n’est plus forcément la question religieuse qui entre en ligne de compte. Mais l’éducation et l’idéologie machiste perdurent. Une femme continue d’attendre d’être mariée pour voyager ou avoir des enfants. Quant à flirter avec tout un chacun, il ne faut pas même y songer lorsqu’on est une jeune fille respectable. Tous ces éléments nous sont expliqués dans de brefs chapitres, intercalés entre les rendez-vous « galants ».

Bride a pourtant des aspirations modernes, entrées dans les normes sous nos latitudes mais féministes dans l’Egypte actuelle. Elle se rêve en compagne égale d’un homme, qui serait son partenaire de vie et d’idées. Elle ne fantasme pas sur un souffre-douleur ou un tyran domestique. Pourtant elle sait qu’elle doit se plier aux coutumes du mariage arrangé et de la chasse au fiancé, véritables phénomènes sociaux en son pays.

Comme elle, on hésite souvent entre céder au défaitisme devant le défilé de ces caractères masculins ou prendre le parti d’en rire. Et comme elle, on capitule devant son humour à toute épreuve.

La Ronde des prétendants de Ghada Abdel Aal, Editions de l’Aube, 2012

vendredi 1 novembre 2013

Gravity

Quoi de mieux qu'un bon blockbuster en ces temps rafraîchis pour passer un après-midi de congés ? Encouragée par la critique quasi unanime, mon choix s'est porté sur le film Gravity d'Alfonso Cuaron et il a fallu de la constance pour trouver une séance encore libre.

A l'arrivée, mon avis est mitigé.
L'histoire tient en quelques mots. Lors d'une intervention technique dans l'espace, le docteur Ryan Stone et l'astronaute Matt Kowalsky sont victimes d'une nuée de débris. La navette explose. Livrés à eux-mêmes, ils doivent trouver un moyen de rentrer sur Terre.

Je ne me prononcerai pas sur le réalisme scientifique du film, n'étant pas une experte et d'autres sont plus légitimes en la matière. Voir notamment cet article de la Libre.be.

Les points positifs tout d'abord : le film est sublime, avec l'aide de la 3D le spectateur est réellement immergé dans l'espace. Les repères sont perdus, encore davantage lorsque la caméra adopte un point de vue subjectif. En bref, on s'y croit. Si l'on ajoute à cela l'efficacité du scénario (comment survivre avant le retour des débris), on ne voit pas le temps passer et le divertissement tient ses promesses.

Sauf que...il ne faut justement rien attendre d'autre de ce film qu'un excellent divertissement. Et parions que le passage sur petit écran lui fera perdre de son intérêt.
Tous les poncifs du film catastrophe américain sont enchaînés, encore plus rapidement que les déchets tueurs qui menacent Sandra Bullock ! Dans l'ordre (attention spoilers, quoique...) : l'astronaute qui clame que c'est sa dernière mission (malheureux, c'est à ce moment-là que le pire arrive ! ), la mort expédiée de personnages au moins tertiaires, la blessure intérieure de l'héroïne qu'il lui faudra vaincre, le machisme de son compagnon d'infortune, le sacrifice pour que l'héroïne vive, la chance incroyable qu'elle connaît dans son malheur et les ressources insoupçonnées qu'elle déploie in extremis, la morale (se surpasser et faire preuve de courage) et les métaphores bien lourdes, et ce n'est pas un jeu de mots. 
Et n'oublions pas la traditionnelle critique anti-russe, héritage de l'ère soviétique, dès qu'il s'agit de parler d'espace. Car si la catastrophe survient et balaie toutes les navettes américaines et chinoises, c'est à cause d'un missile russe !


Certes l'héroïne peut être touchante, en mère endeuillée, certes on comprend que tout cela ramène à la renaissance de la femme et à la maternité. Voir à ce propos, l'article de Rue 89 en date du 30 octobre 2013. Mais les variations autour de ces thèmes sont amenées avec tant d'emphase et si peu de subtilité que cela empêche le film de s'élever au-delà de la prouesse technique. On pourra ainsi s'amuser à relever toutes les occurences d'images foetales, de cordon ombilical, d'eau et de ventre maternels.
Dans le genre film catastrophe exprimant en filigrane un message, j'avais préféré Melancholia de Lars Von Trier.

A voir tout de même, mais impérativement au cinéma !

Un film d'Alfonso Cuaron, avec Sandra Bullock et George Clooney.
Sortie : 23 octobre 2013