Comme nombre de lecteurs, j'avais découvert l'Autrichien Daniel Glattauer avec Quand souffle le vent du nord (2010) et sa suite, La Septième Vague (2011). Ces deux romans revisitaient le roman épistolaire et les envolées romantiques à l'ère du Web. Originaux mais parfois un peu trop à l'eau de rose.
On pouvait craindre le même travers au vu du titre et des premières pages de ce nouveau livre. Judith, trentenaire discrète, s'est habituée à son célibat. Elle partage sa vie entre sa boutique de luminaires et son cercle de proches. Sa rencontre inattendue avec le beau Hannes, architecte bien sous tous rapports, bouleverse son existence. Le jeune homme se montre particulièrement attentionné et galant, il est le gendre idéal et l'ami rêvé qui s'intègre immédiatement à l'existence de Judith.
Un peu trop peut-être... Une impression pesante apparaît au bout de quelques chapitres. Hannes est toujours "trop", présent, empressé envers la "belle-famille" et les amis de sa douce. Sa jalousie ne cesse de croître. Judith comprend alors que cet homme veut avoir une emprise totale sur sa vie. Elle cherche alors à rompre tout lien mais l'omniprésence de Hannes devient harcèlement.
De plus ce dernier a su si bien se faire aimer de tous que personne n'accorde de crédit aux craintes de la jeune femme. Seule Bianca, sa petite stagiaire, la croit, elle qui a une vision très pragmatique et tranchée des relations amoureuses : "Et si on le voit, on lui dira d'aller se faire foutre. Y en a qui ont besoin de ça pour comprendre." (p.123)
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| The Lamp. De : Brian Lane Winfield Moore. Source : flickr. CC : BY-SA |
Le roman adopte le point de vue de Judith, qui sombre peu à peu dans un délire de persécution. S'il n'y avait ce personnage de Bianca pour commenter la déchéance de sa patronne et l'attitude de Hannes, le lecteur pourrait être tenté de croire Judith folle, comme tous ses intimes.
Le malaise se développe tout au long du roman, Hannes apparaît comme une personnalité perverse, distillant la crainte au quotidien, manoeuvrant habilement pour couper Judith de ses proches. Cette tension psychologique transforme l'histoire romantique en thriller. La division du roman en "phases", à l'image d'une maladie ou d'un plan soigneusement ourdi, et en chapitres brefs et efficaces ajoute à cette impression.
Un seul bémol, la fin, menée tambour battant par un détective débutant, résolvant tout de façon un peu trop simple et rapide. Néanmoins une très bonne lecture d'été et un auteur à suivre.
A toi pour l'éternité, Daniel Glattauer, Grasset, 2013. Traduit de l'allemand (Autriche) par Anne-Sophie Anglaret.

2 commentaires:
Ca à l'air bien. J'aime bien quand ça se termine bien pour l'héroïne.
J'ignorais qu'il en avais sorti un nouveau, merci !
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