mercredi 27 décembre 2017

Le Sens de la fête, E. Toledano et O. Nakache

Max, inénarrable Jean-Pierre Bacri en râleur habituel, est organisateur de mariage depuis trente ans. Il s'apprête à raccrocher son tablier après une dernière cérémonie.
Et voici que se croisent dans une unité de temps (une journée) et de lieu (un sublime château et son parc) une multitude de personnages, équipe de Max ou invités du mariage.
Evidemment rien ne se passera comme prévu.

Max doit gérer son assistante grande gueule, un marié imbuvable et un chanteur approximatif (entre autres) alors que sa femme veut le quitter.
Et autour de lui, le ballet des serveurs, plus ou moins déclarés, des invités plus ou moins fantasques (Hélène Vincent en mère du marié...) continue.

Sur le papier on a tout du film choral avec ses caractères bien définis, presque caricaturaux. Bacri fait du Bacri, et nous conquiert dès la scène d'ouverture, que je ne dévoilerai pas ici.
Mais cela fonctionne : on rit, on sourit, on s'émeut en voyant évoluer tous ces personnages, parfois mesquins, menteurs ou hautement naïfs mais très humains.

Le Sens de la fête : Affiche
Le Sens de la fête, Eric Toledano et Olivier Nakache, 2017


samedi 5 mars 2016

Annie Ernaux, Regarde les lumières mon amour

Annie Ernaux a tenu durant un an le journal de ses visites à l’hypermarché Auchan de Cergy, grande surface engoncée dans un centre commercial dont elle est le centre.
Evidemment, lorsque l’on connaît les Trois Fontaines (ledit centre) depuis presque aussi longtemps que l’auteur, certaines remarques résonnent de façon plus personnelle. L'on suit avec elle son parcours dans des rayonnages familiers.

Annie Ernaux se place en position de sociologue, essayant de s’extraire au maximum de l’objet qu’elle observe. Elle se trouve alors déstabilisée lorsqu’on la reconnaît comme auteur ou quand elle doit faire une demande officielle pour photographier ce que bon lui semble.

Cet hypermarché, creuset de cultures et de classes sociales, s’anime sous sa plume. Au fil des saisons marketing (rentrée des classes, Halloween, Noël…), Annie Ernaux donne à voir les éléments quotidiens et quasi insignifiants de ce Auchan. 
Pourtant, la présentation hideuse du rayon hard-discount, les promotions-poubelles de jouets après les fêtes, le développement des caisses automatiques où l’humain se fait rare disent des choses de notre société. Quelques éléments historiques ou chiffrés, discrets, viennent étayer le propos.


Lieu de vie, lieu social aussi quotidien qu’aliénant, l’hypermarché s’impose comme un espace de vie, caractéristique de la seconde moitié du XXe siècle.

Annie Ernaux, Regarde les lumières mon amour, Seuil, 2014

dimanche 22 novembre 2015

Lettres de Noël

Noël est maintenant pour beaucoup synonyme de réveillon familial, de gros bonhomme rouge emmené dans les airs par douze rennes et déposant ses présents à minuit , de sapin illuminé et décoré.

Ces images sont pourtant récentes. Noël, fête chrétienne vénérant la naissance du Christ, née de la célébration païenne du solstice a connu de nombreuses évolutions au cours des siècles.

Ce petit ouvrage, richement documenté, explore les facettes de cette fête. Historienne spécialisée en anthropologie religieuse, Nadine Cretin  nous présente les origines de Noël, les rites et représentations qui lui sont associés (cartes de voeux, cadeaux, réveillon...). Une introduction historique, un lexique et une bibliographie satisferont la soif des curieux.

Toutes ces informations sont liées par des lettres, classées chronologiquement. L'on y croise des inconnus comme de grandes figures politiques ou littéraires. Tour à tour touchantes, intimes voire inattendues (comme celle d'une petite fille suppliant le Président JFK d'empêcher "les Russes [de] bombarder le Pôle Nord", maison du Père Noël), ces lettres donnent corps à la documentation qui les étaie.

Une jolie découverte dont je remercie Babelio et les éditions Le Robert

Lettres de Noël, présentées par Nadine Cretin, Le Robert, 2015

mercredi 7 octobre 2015

Petits spleens numériques, Antoine Compagnon

Telle la plupart de ses contemporains, Alain Compagnon vit entouré de ses « prothèses » : ordinateurs, tablettes, smartphones et autres objets connectés. 
Pourtant, comme pour Baudelaire, cette modernité suscite en lui à la fois méfiance et fascination.

Ces chroniques, billets de blog écrits pour le journal Huffington Post, croquent en quelques pages le rapport de l’auteur, et de la société, au monde numérique.

Universitaire, Antoine Compagnon évoque les bouleversements induits par ces nouveaux usages dans son milieu : transformation de la recherche documentaire, explosion des Moocs, petits arrangements avec la vérité sur Wikipédia, omniprésence du PowerPoint qui façonne jusqu’à notre manière de penser.

Il ouvre également sur des pratiques plus générales comme le développement des applications pour tout et rien, ou les effets politiques du « tout numérique » dans les collèges.

Comme le reconnaît l’auteur, toutes ces considérations seront ou sont déjà obsolètes. Mais elles donnent à voir un tableau quasi sociologique de notre époque.

Merci à Babelio et aux Editions des Equateurs pour cette lecture

Petits spleens numériques, Antoine Compagnon,  Editions des Equateurs , 2015

samedi 13 juin 2015

Nouvelles brésiliennes



Le Salon du livre de Paris 2015 a été l'occasion pour les lecteurs français de découvrir tout un pan de la littérature brésilienne contemporaine.


Les Editions Envolume ont contribué à cette diffusion en lançant au même moment leur collection Brésil, dans laquelle s'inscrit ce recueil de nouvelles.
Et c'est bien là la fonction première de ce livre : donner envie de se plonger dans des oeuvres contemporaines méconnues. Une fonction apéritive en somme...
Ce tome 1 des Nouvelles brésiliennes regroupe ainsi dix courts récits, datant presque tous des années 1990-2000. Les écrivains représentés, plumes reconnues dans leur pays, n'étaient pour la plupart pas encore traduits en français. Citons-les : Rubens Figueiredo, Sergio Sant'Anna, Affonso Ferreira, Edla Van Steen, Luis Fernando Verissimo, Marçal Aquino, Marcia Bechara, João Paulo Cuenca, Amilcar Bettega, Godofredo de Oliveira Neto.Je dois avouer qu'ils m'étaient tous inconnus.


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Les nouvelles présentent une grande variété de styles et de thèmes. L'on croisera ainsi une jeune fille qui ne voit son amoureux qu'au carnaval annuel, un nouveau riche aux prises avec des habitants des favelas, un vieil amant décati, une épouse malheureuse...

Adoptant le dialogue théâtralisé, le style journalistique ou une narration plus classique, les dix écrivains rendent compte de leur pays dans sa diversité, entre inégalités sociales, explosion urbaine et traditions.On trouve aussi des thèmes plus intimes et universels comme l'amour ou la famille.

Un recueil intéressant et varié, dont le lecteur n'appréciera pas forcément toutes les nouvelles. Le principal intérêt semble de s'immerger dans des univers différents mais tous très forts, de poursuivre sa découverte des auteurs brésiliens actuels.

Merci à Babelio et aux Editions Envolume pour cette lecture.


Nouvelles brésilienne : tome 1, Editions Envolume, 2015






mercredi 22 avril 2015

L'Architecte du sultan, Elif Shafak

Istanbul au XVIe siècle.
Dans cette cité cosmopolite, centre culturel du monde, arrive par hasard Jahan, cornac "malgré lui" de douze ans.

Il accompagne un éléphanteau blanc, qui doit être offert au Sultan Soliman le Magnifique.
D'où vient-il ? Cela reste mystérieux, d'autant que le garçon possède un goût pour les mensonges et les jolies histoires.

Jahan se lie bientôt avec la fille du Sultan, au grand désespoir de sa nourrice. Il éprouvera les premiers émois amoureux.
Il est également remarqué par le grand architecte Sinan, à qui l'on doit les plus majestueuses constructions d'Istanbul, et devient son apprenti.

L'Architecte du sultan nous mène dans les ruelles et les arrière-cours d'une ville en pleine effervescence, carrefour des religions et des civilisations occidentales et orientales. On touche du doigt les débats intellectuels de l'époque et le quotidien à Istanbul. On observe la cité en train de se construire et l'on est plongé au coeur des intrigues de cour.

Jahan côtoie des personnages divers, comme Sinan son père de substitution, ou le chef des Gitans, toujours présent pour le sortir d'un mauvais pas, et bien sûr son éléphant, avec lequel il entretient une relation d'affection très touchante.

Le roman est à la fois une oeuvre historique, bercée d'une large part de fiction, et un conte oriental, clin d'oeil aux Mille et une nuits. Parfois il vire au genre policier et au roman d'aventures.

Mosquée de Soliman - Süleymaniye Camii - extérieur. De : stephanemartin. CC : BY-SA. Source : flickr

Ce n'est cependant pas le roman d'Elif Shafak que j'ai préféré. Le personnage de Jahan semble ne pas évoluer, portant un regard toujours aussi naïf sur les gens et les évènements, même après des décennies. L'aspect initiatique demeure donc limité. De même, les interrogations spirituelles ou les quêtes d'identité sont moins approfondies que dans d'autres de ses oeuvres, à l'exception des dernières pages.

Toutefois l'Architecte du Sultan demeure un roman dépaysant, très riche et documenté, à la lecture plaisante. Il a le mérite de peindre la période de la Renaissance au sein de l'Empire ottoman et de la rendre vivante. Je remercie les éditions Flammarion et Babelio pour cette découverte.

L'Architecte du sultan, Elif Shafak (traduit de l'anglais-Turquie-par Dominique Goy-Blanquet), Flammarion, 2015


mardi 19 août 2014

Je t'écoute, Federica De Paolis

Téléphone sur cour…pour reprendre le célèbre titre d’Hitchcock.

Diego, globe-trotter pour guides de voyage, doit rentrer précipitamment en Italie. Souffrant des yeux, il passe ses journées dans l’appartement familial. Il se rend vite compte que la ligne téléphonique fonctionne étrangement : Diego peut écouter toutes les conversations de ses voisins.

Il n’est pas ici question de meurtres, mais de plongée dans l’intimité des autres.

Diego prend conscience des souffrances qu’il côtoie sans même le savoir : couples en déroute, malades qui se cachent, adolescentes anorexiques… Incapable de rester insensible à ce qu’il entend, le jeune homme cherche à intervenir dans ces existences qu’il découvre.

Hold all my calls. De : Furryscaly. CC : BY-SA. Source : flickr

La rencontre avec la mystérieuse  et fragile Agnese sera un point de bascule. Diego renouera avec sa sœur partie vivre aux Etats-Unis et découvrira les secrets de sa propre famille.


Ce roman possède une atmosphère très particulière, assez mélancolique tout en étant ancrée dans le quotidien. Les êtres se cherchent, se frôlent et se touchent, parfois en des scènes très crues, en fait à la recherche d’eux-mêmes.

Je t'écoute, Federica De Paolis, traduit de l'italien par Françoise Liffran, Grasset, 2012