samedi 5 mars 2016

Annie Ernaux, Regarde les lumières mon amour

Annie Ernaux a tenu durant un an le journal de ses visites à l’hypermarché Auchan de Cergy, grande surface engoncée dans un centre commercial dont elle est le centre.
Evidemment, lorsque l’on connaît les Trois Fontaines (ledit centre) depuis presque aussi longtemps que l’auteur, certaines remarques résonnent de façon plus personnelle. L'on suit avec elle son parcours dans des rayonnages familiers.

Annie Ernaux se place en position de sociologue, essayant de s’extraire au maximum de l’objet qu’elle observe. Elle se trouve alors déstabilisée lorsqu’on la reconnaît comme auteur ou quand elle doit faire une demande officielle pour photographier ce que bon lui semble.

Cet hypermarché, creuset de cultures et de classes sociales, s’anime sous sa plume. Au fil des saisons marketing (rentrée des classes, Halloween, Noël…), Annie Ernaux donne à voir les éléments quotidiens et quasi insignifiants de ce Auchan. 
Pourtant, la présentation hideuse du rayon hard-discount, les promotions-poubelles de jouets après les fêtes, le développement des caisses automatiques où l’humain se fait rare disent des choses de notre société. Quelques éléments historiques ou chiffrés, discrets, viennent étayer le propos.


Lieu de vie, lieu social aussi quotidien qu’aliénant, l’hypermarché s’impose comme un espace de vie, caractéristique de la seconde moitié du XXe siècle.

Annie Ernaux, Regarde les lumières mon amour, Seuil, 2014