mardi 11 juin 2013

Lolita, Vladimir Nabokov


Le récent visionnage de l’adaptation cinématographique de 1997 par Adrian Lyne m’a donné envie de me plonger dans ce célébrissime roman. Je l’ai lu dans sa traduction de 2001 chez Gallimard.

L’ouvrage a été écrit en anglais mais, censuré, il est d’abord paru en 1955 en France avant de connaître également le succès dans l’Amérique puritaine des années 1950.

L’histoire tout d’abord. Le roman, massif, s’ouvre sur un avant-propos. On apprend que le narrateur, Edgar H. Humbert, est en prison pour meurtre. Il succombera à une crise cardiaque avant son procès et son manuscrit sera publié par un ami. La fin du roman laisse entendre que s'ajoute à cette mort celle de la Lolita éponyme, dont le décès est une condition à la diffusion du manuscrit.

La longue confession de Humbert s’étend sur deux parties distinctes, colonne vertébrale des relations entre le narrateur et Lolita.
Humbert se présente comme un homme de quarante ans, marqué par son amour de jeunesse. Annabel, qu’il adora durant l’été de ses treize ans, mourut à l’apogée de leur amour adolescent. Depuis, seules les nymphettes, jeunes filles entre 9 et 14 ans, savent éveiller les émotions sensuelles  chez l’homme mûr qu’il est devenu.
Parfaitement conscient de l’anormalité de ce penchant pédophile, Humbert hésite constamment entre l’explication historique (après tout, chez les Romains, on aimait les enfants), moquant la psychanalyse à l’occasion, et l’horreur qu’il a de lui-même. Ainsi, il veille à se tenir à l’écart de ces fillettes, trouvant dans les amours tarifées un dérivatif ponctuel. Brièvement marié et aussi vite divorcé, Humbert part pour les Etats-Unis. Après quelques péripéties, il s’installe chez Charlotte Haze et tombe sous le charme de sa fille Dolores, ou Dolly, Lo, Lolita, âgée de 12 ans. Désormais, toute sa vie sera tendue vers le seul but de posséder la jeune fille même s’il doit pour cela épouser la mère ou emmener sa fille d’adoption dans des road-trips sans fin.




Remarquablement écrit, pourvu de nombreuses références littéraires intertextuelles, le roman adopte le point de vue exclusif d’Humbert, Européen cultivé, bien élevé et quelque peu conservateur.

On oscille entre le mal-être suscité par son attirance pour les jeunes filles, encore accru lorsque l’inceste est consommé avec Lolita, et l’idée qu’il s’agit peut-être d’un véritable amour. Cet homme mûr nous apparaît comme soumis à sa « protégée », laquelle comprend rapidement comment lui soutirer de l’argent ou des cadeaux, et en admiration devant son charme. La fin du roman, que je ne dévoilerai pas ici, tend à démontrer également que les sentiments existaient, au-delà de l’âge de Lolita. La compassion pour cet homme voisine avec le dégoût que le lecteur peut éprouver.

De plus, nous ne savons rien des pensées et des impressions de la jeune fille, si ce n’est son caractère difficile et parfois manipulateur, mais aussi décrit comme perturbé et inadapté aux milieux qu’elle fréquente. Humbert craindra même d’avoir dévoyé Lolita, l’empêchant de recouvrer une existence normale. Entre l’adulte pervers ou victime de sa passion et l’enfant maltraitée ou séductrice à dessein, le roman ne tranchera jamais.

Un roman riche et dérangeant, à lire, et qui m’a rappelé la maxime d’Oscar Wilde « Un livre n’est point moral ou immoral. Il est bien ou mal écrit. C’est tout. » (Le Portrait de Dorian Gray)

Lolita de Vladimir Nabokov, Gallimard, 2001. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Maurice Couturier. Edition originale : 1955

2 commentaires:

Elodie a dit…

J'ai déjà essayé de le lire mais je n'ai pas accroché à l'écriture

Anjali95 a dit…

Je suis d'accord, il faut rentrer dans l'écriture et le style (très) soutenu employé. Il m'a fallu un moment. Peut-être la nouvelle traduction de 2001 a-t-elle rendu cette écriture plus fluide ? Je n'ai lu que cette version. Au bout d'un moment, on se rend compte cependant que c'est cela qui permet de ne pas verser dans le glauque.