Le récent visionnage de
l’adaptation cinématographique de 1997 par Adrian Lyne m’a donné envie de me
plonger dans ce célébrissime roman. Je l’ai lu dans sa traduction de 2001 chez
Gallimard.
L’ouvrage a été écrit en anglais
mais, censuré, il est d’abord paru en 1955 en France avant de connaître
également le succès dans l’Amérique puritaine des années 1950.
L’histoire tout d’abord. Le
roman, massif, s’ouvre sur un avant-propos. On apprend que le narrateur, Edgar H. Humbert, est en prison pour meurtre. Il succombera à une crise cardiaque
avant son procès et son manuscrit sera publié par un ami. La fin du roman laisse entendre que s'ajoute à cette mort celle de la Lolita éponyme, dont le décès est une condition à la diffusion du manuscrit.
La longue confession de Humbert s’étend sur deux parties distinctes, colonne vertébrale des relations entre le
narrateur et Lolita.
Humbert se présente comme un
homme de quarante ans, marqué par son amour de jeunesse. Annabel, qu’il adora
durant l’été de ses treize ans, mourut à l’apogée de leur amour adolescent.
Depuis, seules les nymphettes, jeunes filles entre 9 et 14 ans, savent éveiller
les émotions sensuelles chez l’homme mûr
qu’il est devenu.
Parfaitement conscient de
l’anormalité de ce penchant pédophile, Humbert hésite constamment entre
l’explication historique (après tout, chez les Romains, on aimait les enfants),
moquant la psychanalyse à l’occasion, et l’horreur qu’il a de lui-même. Ainsi,
il veille à se tenir à l’écart de ces fillettes, trouvant dans les amours
tarifées un dérivatif ponctuel. Brièvement marié et aussi vite divorcé, Humbert
part pour les Etats-Unis. Après quelques péripéties, il s’installe chez
Charlotte Haze et tombe sous le charme de sa fille Dolores, ou Dolly, Lo,
Lolita, âgée de 12 ans. Désormais, toute sa vie sera tendue vers le seul but de
posséder la jeune fille même s’il doit pour cela épouser la mère ou emmener sa
fille d’adoption dans des road-trips sans fin.
Remarquablement écrit, pourvu de
nombreuses références littéraires intertextuelles, le roman adopte le point de
vue exclusif d’Humbert, Européen cultivé, bien élevé et quelque peu
conservateur.
On oscille entre le mal-être
suscité par son attirance pour les jeunes filles, encore accru lorsque
l’inceste est consommé avec Lolita, et l’idée qu’il s’agit peut-être d’un
véritable amour. Cet homme mûr nous apparaît comme soumis à sa
« protégée », laquelle comprend rapidement comment lui soutirer de
l’argent ou des cadeaux, et en admiration devant son charme. La fin du roman,
que je ne dévoilerai pas ici, tend à démontrer également que les sentiments
existaient, au-delà de l’âge de Lolita. La compassion pour cet homme voisine
avec le dégoût que le lecteur peut éprouver.
De plus, nous ne savons rien des
pensées et des impressions de la jeune fille, si ce n’est son caractère
difficile et parfois manipulateur, mais aussi décrit comme perturbé et inadapté
aux milieux qu’elle fréquente. Humbert craindra même d’avoir dévoyé Lolita,
l’empêchant de recouvrer une existence normale. Entre l’adulte pervers ou
victime de sa passion et l’enfant maltraitée ou séductrice à dessein, le roman
ne tranchera jamais.
Un roman riche et dérangeant, à
lire, et qui m’a rappelé la maxime d’Oscar Wilde « Un livre n’est point
moral ou immoral. Il est bien ou mal écrit. C’est tout. » (Le Portrait de Dorian Gray)
Lolita de Vladimir Nabokov, Gallimard, 2001. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Maurice Couturier. Edition originale : 1955
Lolita de Vladimir Nabokov, Gallimard, 2001. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Maurice Couturier. Edition originale : 1955
2 commentaires:
J'ai déjà essayé de le lire mais je n'ai pas accroché à l'écriture
Je suis d'accord, il faut rentrer dans l'écriture et le style (très) soutenu employé. Il m'a fallu un moment. Peut-être la nouvelle traduction de 2001 a-t-elle rendu cette écriture plus fluide ? Je n'ai lu que cette version. Au bout d'un moment, on se rend compte cependant que c'est cela qui permet de ne pas verser dans le glauque.
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