lundi 27 février 2012

La Parenthèse, Elodie Durand

Décidément le thème de la mémoire, surtout perdue, est un fil rouge de mes lectures ces derniers temps. Allez savoir pourquoi.
Mais la Vie d'une autre ou plus récemment la Page blanche étaient des fictions, les héroïnes y souffraient d'une amnésie qui n'était autre que la métaphore actualisée des manques d'une vie insatisfaisante.

La Parenthèse aborde un tout autre aspect : plus qu'une bande dessinée, il s'agit ici d'un journal composé a posteriori par son auteure, Élodie Durand, dans lequel elle relate sa traversée d'une grave maladie.

Âgée d'à peine 22 ans, la jeune femme est en proie à des pertes subites de mémoire, à des malaises et crises nerveuses inexplicables. Elle se voit diagnostiquer une épilepsie due à une tumeur au cerveau.
Judith (prénom du personnage principal) passe alors par différents stades successifs : le déni de la maladie qui n'est pour elle qu'un mauvais "rhume" malgré la lourdeur des traitements médicamenteux, l'acceptation de la gravité quand la perte des repères et des souvenirs se fait plus prégnante et les interventions médicales plus invasives, enfin la reconstruction progressive de soi alors qu'on n'est plus la même ni physiquement, ni psychiquement.

Ce journal est d'abord adressé aux proches de l'auteure. Mis en scène dans de nombreuses planches, ils relatent les faits oubliés et comblent les blancs. Dans les moments de détresse, ils demeurent pour Judith le seul repère tangible alors que toute sa vie est devenue mouvante.

D'autres procédés donnent corps à ce récit de maladie. Le monde médical et les traitements sont rarement envisagés de façon très technique, mais sont vus par les yeux de la jeune patiente. Le dessin, qui confine parfois au cartoon inquiétant, pallie l'indicible ou l'oublié : ainsi ces mini-médecins en quête d'une tumeur dans un cerveau disproportionné, ou cette maladie personnifiée comme une tête menaçante et dévorante à dompter.
Beaucoup de force et de souffrances aussi dans ces crayonnés datant des années de maladie, très figuratifs, ou ces vignettes obsessionnelles du sommeil de Judith et de sa "chute" dans le mal.

Élodie Durand relate dans la Parenthèse le vécu complexe et personnel de sa maladie. La douleur est présente d'un bout à l'autre de l'œuvre sans pour autant verser dans le pathos. Un récit très fort et très subtil à la fois.


La Parenthèse, Élodie Durand, Delcourt, 2010

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