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mardi 24 septembre 2013

Salé sucré

Un festival de saveurs et un entrecroisement de cuisine et relations humaines.

Dans la Taipei moderne Monsieur Chu est un cuisinier hors pair, symbole de la tradition chinoise et enchanteur des gourmets.
Comme dans les contes, il a trois filles très différentes. Toutes ont une façon particulière d'aborder les sentiments et la famille, voire la cuisine. L'aînée, Jian-Jen, professeur de chimie, refuse l'amour tant qu'elle le peut. Depuis une déception remontant à plusieurs années, elle s'est enfermée dans la religion chrétienne et fuit les hommes. La mort de sa mère l'a érigée en seconde maîtresse de maison.
La cadette, Jian-Chien, paraît la plus indépendante. Eloignée par son père du monde culinaire qu'elle adorait, elle est devenue une business woman accomplie, entre voyages, contrats et promesse d'appartement ultra-moderne. L'amour se résume pour elle aux relations libres et au sexe. C'est pourtant elle qui montrera le sens le plus aigu de la famille et qui reviendra aux sources de tout, la cuisine.
Enfin, Jian-Ning, âgée de vingt ans, est étudiante et serveuse dans un fast-food. Elle volera le petit ami de sa collègue et tombera rapidement enceinte.
D'autres femmes interviennent régulièrement, qui sont autant de caractères marqués : une voisine discrète et sa petite fille, prise en affection par Monsieur Chu, sa mère également, qui aimerait mettre le grappin sur le cuisinier.
L'oncle Wen, ami de la famille, est l'une des rares figures masculines, exception faite des petits amis occasionnels. Sa disparition provoque questionnements existentiels et choix de vie chez les protagonistes.

Chinese food restaurant Saimendo. De midorisyu. Source : flickr. CC : BY

Ce film est éminemment sensuel. La cuisine est partout présente, dès le générique d'ouverture et la préparation minutieuse du repas dominical. On ne cesse de voir à l'écran des bouillons mijoter, des viandes se faire couper et napper, des légumes finement préparés, des thés dont on sentirait presque le parfum. Les personnages eux-mêmes commentent ces mets et leur préparation, donnant l'eau à la bouche au spectateur.
A ces plaisirs du palais répondent ceux de la chair, les relations amoureuses sont au cœur des préoccupations, pour toutes les générations. Se refuser à l'amour paraît impossible. En revanche l'île de Taïwan est entrée dans la modernité, on est bien loin des traditions chinoises ancestrales. Les relations sans lendemain sont légion, de même que l'indépendance des femmes ou les couples mixtes.
Comme en cuisine, les rapports humains doivent être faits d'équilibre et d'harmonie, de sucré et de salé, de yin et de yang.

Un film plaisant, agréable à regarder, qui met en scène des personnages tranchés et touchants.

Un film de Ang Lee, avec Sihung Lung, Chien-Lien Wu, Kuei-Mei Yang, Yu-Wen Wang, Sylvia Chang.
Sortie : 1994